Tous les hommes veulent mener une vie calme et paisible. Mais l’expérience nous montre que l’existence humaine n’est jamais un fleuve tranquille. C’est qui est arrivé à Jérémie dont le nom signifie Dieu élèvera, Dieu rehaussera. Ce fils de prêtre naquit à Anatot en territoire de Benjamin. Et voici que Dieu intervient. Il l’appelle à devenir son prophète. Le prophète, c’est quelqu’un que Dieu choisit pour parler en son nom. Et trois caractéristiques déterminent le prophète : Renoncer, Dénoncer et  Annoncer.

Le prophète doit renoncerà sa tranquillité, doit renoncer à ce qui caractérisait jusque-là sa vie. On lit son livre un dialogue avec Dieu : «Et je dis à Dieu, Seigneur Yahvé, je ne sais pas parler, car je suis un enfant. Alors Yahvé répondit : Ne dis pas je suis un enfant, car vers tous ceux à qui je t’enverrai, tu iras, et tout ce que je t’ordonnerai, tu le diras». On le voit, Jérémie doit renoncer à sa tranquillité. Ensuite il doit dénoncer : dénoncer l’oppression dont le peuple est souvent victime de la part de la classe dirigeante, ou encore dénoncer l’infidélité du peuple par rapport à la Loi de Dieu, dénoncer l’injustice sociale. Et dans son cas, le prophète Jérémie se plaint : « Chaque fois que j’ai à parler, je dois crier et proclamer « Violence et dévastation ; Violence et dévastation. La parole de Yahvé est pour moi source d’opprobre et de moquerie tout le jour. Je me disais je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. Mais c’était en mon cœur comme un feu dévorant, enfermé dans mes os. Je m’épuisai à le contenir, mais je n’ai pas pu ».  Enfin, le prophète doit annoncer le message de Dieu, un message de conversion, mais aussi message de miséricorde pour ceux qui se convertiront.

Le prophète en mission est toujours confronté à des difficultés : mal compréhension, moquerie, risée de l’entourage, voire persécution. Le prophète Jérémie a même été jeté dans une citerne lézardée. Dans la première lecture de ce jour, nous le voyons victime de la persécution que lui livrent ses adversaires. Il dit : « Moi Jérémie, j’entends les calomnies de la foule : Dénoncez-le ! Allons le dénoncer, celui-là, l’Epouvante-de-tous-côtés. Tous mes amis guettent mes faux pas, ils disent : Peut-être se laissera-t-il séduire… Nous réussirons, et nous prendrons sur lui notre revanche ! ». Ces paroles de désespoirs montrent que Jérémie n’en pouvait plus. Après avoir reproché à sa mère de l’avoir mis au monde, il maudit maintenant le jour de sa naissance avant de se tourner vers Dieu.  Jérémie se croit trompé par le Seigneur qui lui avait pourtant donné l’assurance d’être toujours à ses côtés, face aux ennemis. Les sentiments de Jérémie sont ceux que peuvent éprouver le chrétien devant certains événements de la vie. Alors, du fond de son désespoir le prophète Jérémie crie vers le Seigneur.

Le Psaume que nous avons écouté se présente à nous comme le cri du prophète vers Celui qui a le pouvoir de le délivrer de la mort : « C’est pour toi… retombe sur moi ». Jésus, le Prophète des Prophètes, a lui aussi subi des moqueries, des humiliations et la persécution. Il a appelé son Père au secours. L’auteur de la Lettre aux Hébreux écrit même ceci : « Aux jours de sa chair, il a crié vers Dieu qui pouvait le sauver de la mort ». Et parce que Jésus sait ce qui est au fond de l’homme, ce qui est dans le cœur des disciples que nous sommes, il peut nous réconforter. C’est ce qu’il fait à travers l’Evangile de ce jour.

« Ne craignez pas les hommes, ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme. Craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés ».

L’allusion aux cheveux de nos têtes a une grande importance dans la comparaison entre vie présente et vie future. Chacun de nous est déjà passé une fois chez un coiffeur pour se faire couper les cheveux. Mais aucun de nous n’est retourné dans sa maison avec les cheveux enlevés par le coiffeur. Nous laissons nos cheveux chez le coiffeur et ils finissent (leur déplacement urbain) dans la poubelle municipale. Ce que nous, nous jugeons encombrant, le Seigneur le trouve précieux puisqu’il dit : même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Si Dieu trouve précieux nos cheveux, quelle valeur aura donc notre vie, notre vie de chrétien ? Ici je voudrais recourir Saint Paul pour nous rappeler que notre corps est le temple du Saint Esprit, donc demeure de Dieu. S’il arrive que les hommes pour quelques raisons quittent leur demeure, Dieu, lui, n’est pas un nomade. Il n’abandonne pas ce qu’il a consacré. Il n’abandonne pas l’homme en qui il a installé sa demeure.

Je voudrais terminer en posant deux questions collectives, mais les réponses seront personnelles et individuelles. Nous disions au début de notre commentaire que le prophète doit renoncer, dénoncer et annoncer. Je dis ici ce que nous devons annoncer. Et je me base sur la deuxième Lecture : Jésus-Christ est le seul nom en qui nous sommes sauvé.Et selon les Actes des Apôtres, il n’y a pas autre nom par lequel nous sommes sauvés. C’est ce que nous devons annoncer. Voici à présent les deux questions : A quoi dois-je renoncer ? Que dois-je dénoncer ?

Luc Quenum, pss

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