Rome. Saint-Louis des Français. Dimanche 2 février 2020. Présentation du Seigneur au Temple.

Textes (Année A) : Ml 3, 1-4 ; He 2, 14-18 ; Lc 2, 22-40.  Homélie de Mgr Bousquet.

La Présentation du Seigneur est, dans la piété populaire, la nôtre, fête de la lumière… A juste titre. Regardons de plus près nos textes (tout en nous souvenant de l’annonce du messager qu’avait faite le prophète Malachie…)

En ce qui concerne l’épitre aux Hébreux, le contexte juif ne se laisse à aucun moment oublier. Mais le plus difficile pour nous est d’entendre avec justesse ce que des théologies de la croix mal élaborées ne laissent pas suffisamment percevoir, alors que le message est très fort. 

Puisque les hommes ont tous une nature de chair et de sang, Jésus a voulu partager cette condition humaine. N’insistons pas, cela est au cœur de notre foi, et nous n’avons pas fini, en particulier en échangeant avec les croyants des autres religions, de souligner ce que cela a d’extraordinaire. Mais ensuite il est question de sa mort, qui a deux effets. 

Premier effet : réduire à l’impuissance celui qui possède le pouvoir de la mort. Retenons que nous pouvons qualifier de démoniaques ceux qui utilisent pour leur pouvoir la mort. Les martyrs, démunis de tout et mis à mort s’appuient sur la victoire qu’est la seule présence du Ressuscité. 

Et, second effet : il a rendu libre ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclave. 

Suit une remarque, typique de l’épitre aux Hébreux : ce n’est pas des anges que Jésus vient sauver, mais des fils d’Abraham, il lui fallait donc devenir semblable en tout à ses frères, pour être, dans leurs relations avec Dieu, un grand prêtre miséricordieux et fidèle, capable d’enlever les péchés du peuple. L’épitre y reviendra plus tard : changement de tout le culte : il est le prêtre, l’unique, et seul efficace, l’autel et la victime ; le sacrifice véritable pour Dieu est le sacrifice de soi. Retenons la manière selon laquelle il est capable d’enlever le péché du peuple (Agneau de Dieu, qui porte et/ou enlève le péché du monde…) : ayant souffert jusqu’au bout l’épreuve de sa passion, il peut porter secours à ceux qui subissent l’épreuve. Plusieurs éléments précieux à retenir ici.

Ayant souffert : ce n’est ni la souffrance, ni la mort qui sauvent quoi que ce soit : Dieu est la Béatitude même et le Vivant ; c’est le rapport que nous entretenons avec la souffrance et avec la mort : le Christ vit sa souffrance et sa mort dans l’obéissance au Père, qui ne veut ni la mort, ni le sang, mais la vie de tous, même pour le pécheur.  Jésus meurt en pardonnant. 

Par ailleurs il n’est pas venu souffrir à notre place : ceci dit contre des représentations inadéquates au mystère : il est venu jusqu’à la place où nous sommes, là où il était impensable que Dieu nous rejoigne. Ce qui fait que pour nous, accrochés au Sauveur, l’épreuve est traversable, et le dernier mot sera à la vie. Et c’est la Vie, Celui qui est en personne la Vie, qui est notre lumière. 

Le Cantique de Siméon que nous avons entendu ensuite dans l’évangile nous le redit. Le foyer de notre lumière, c’est l’être même du Christ ou sa mission – justement ici très noués. Et son rayonnement, c’est la joie de ceux qui contemplent, car une espérance va  les mettre en route à leur tour.

Je relèverai les trois phrases toutes simples :

1.- Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix, selon ta parole. 

C’est le “maintenant” qui devient décisif. Il y aura cette démarche, dans la paix, selon la parole, parce qu’il y a eu ce point, cet événement. Cet événement, c’est une joie. C’est toujours cela d’ailleurs qui nous met en route. Avez-vous tenu un enfant dans vos bras ? Cette présence chaude, dense, fragile. Ici, ce n’est pas n’importe quel enfant. Etonnante présence de Dieu chaude, dense, fragile.

2.- Car mes yeux ont vu ton Salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples.

Nous y voilà ! La joie, c’est cela. Siméon dit avoir vu, de ses yeux vu, le salut. Et nous ? Avons-nous vu le salut ? Ce n’est pas simple de répondre. Si on ouvre le journal… Les jours un peu gris, quand on regarde l’impact de ce qu’on fait. Et dans une mémoire de prêtre toutes les misères rencontrées, et l’irréversible, et l’insoluble… Mais ne répondons pas trop vite. Qu’a vu Siméon ? Un enfant. Presque rien du tout pour celui qui est inattentif, – et d’ailleurs, dans la suite du texte, on annonce les divisions qu’il amènera. Mais ce qu’il voit, Siméon, c’est, comme les prophètes, le germe, ou le reste. Discrète, fragile, mais cette fois dans notre chair, l’Espérance en personne. L’amour dans le temps, ce qui fait qu’il y a foi et espérance.

Et nous ? Mais si le Christ est ressuscité, s’il est vivant : alors ce maintenant de Siméon, c’est maintenant. Avec le même incognito, la même fragilité, mais avec la force de la résurrection. Première question que je vous pose : avez-vous vu, savez-vous regarder, le salut qui advient parmi nous, maintenant ?

“Le salut que tu as préparé à la face de tous les peuples”, seconde partie de notre phrase. Cela s’est préparé, cela s’accomplit, c’est la promesse qui s’accomplit ; et puis : c’est à la face de tous les peuples. J’y reviens : tenez  bon à ne pas vous laisser gagner par le pessimisme ambiant – et à avoir une lecture de notre époque lucide et réaliste, mais d’une lucidité généreuse.

Une lecture qui soit accordée à la patience de Dieu et attentive aux signes de l’Esprit. En particulier, tenez-vous bien à ce “préparé à la face de tous les peuples” – avec ce signe extraordinaire qu’est l’Eglise de notre temps d’être plus universelle qu’autrefois, et de ne pas pouvoir renoncer à le devenir encore plus, et d’être capable de corriger son péché, siècle après siècle.

Il faut tenir les deux éléments : le salut dans notre vie quotidienne, ce mystère de l’incarnation qui reste toujours source de lumière, et la mission universelle…

3.- C’est ce rythme, cette respiration en deux temps que développe la dernière phrase du cantique de Syméon : lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d’Israël ton peuple.

L’Eglise, c’est cette part de l’humanité, rassemblée autour de son Seigneur ressuscité, comme nous le faisons aujourd’hui dans cette eucharistie – et qui va de nouveau se disperser parmi les hommes, pour tenter d’y apporter un peu de cette lumière-là, de cette chaleur-là.

Notre vocation, c’est un appel, une reconnaissance dans la contemplation, et un envoi. C’est l’envoi qui est spécifique, mais le mouvement est le même. Du coup aussi, on ne peut non plus séparer eucharistie et mission. Il s’agit d’aller, après avoir vu.

Je vous souhaite la joie de Siméon, 

et comme lui, d’aller

dans la paix

selon la parole

Amen

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