Frères,

Signe que nous attendons le Christ : Jésus est physiquement absent de l’évangile, aujourd’hui comme dimanche dernier… mais par Jean-Baptiste qui prépare sa venue, il est bien celui vers lequel sont orientées les pensées des cœurs.

Aujourd’hui une question nouvelle, une question fondamentale est posée :

Celle de l’identité du Précurseur : on lui demande « Qui es-tu ? »

Traduite littéralement, voici sa réaction :

Et il confessa, et il ne nia pas. Et il confessa : ‘Je ne suis pas le Christ’. [1]

Les termes ‘confesser’ et ‘nier’ ou ‘renier’ sont antagonistes, selon Jésus lui-même :

Quiconque me confessera devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. [2]

Durant la Passion, par peur et par faiblesse, Pierre renie Jésus par trois fois.

De fait, selon saint Jean,

Les Juifs s’étaient mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui confesseraient que Jésus est le Christ. [3]

Nous percevons le poids du choix chrétien : confesser le Christ, ne pas le renier, c’est être éventuellement moqué et rejeté socialement, mais avoir accès à la vie éternelle. Le monde ou Dieu. Le choix est existentiel, il engage toute la personne et toute sa vie ; des milliers de martyrs chrétiens en témoignent à travers les siècles, Jean-Baptiste le premier.

Ce qui est étonnant ici, c’est que cette détermination est manifestée par Jean-Baptiste alors que ce n’est pas la question. La question est celle l’identité de Jean.

Interrogé sur lui-même, Jean ne nie pas : mais c’est le Christ qu’il ne renie pas.

Il confesse, mais c’est le Christ qu’il confesse.

D’une certaine manière, on lui dit : « Jean », et il répond : « Jésus ».

Cela nous enseigne : Pour dire qui il est, Jean-Baptiste ne peut pas ne pas évoquer le Christ.

Il le fait d’abord pour repousser ceux qui, d’après saint Jean Chrysostome,

interrogeaient Jean d’une manière perfide, voulant le séduire par des flatteries, pour l’amener à s’attribuer cet honneur et à se dire le Christ.

Jean refuse de tomber dans le piège et de renier le Christ, et au contraire il le confesse.

Mais plus globalement, Jean-Baptiste montre l’exemple à tous les Chrétiens.

En effet, dire qui l’on est, c’est, fondamentalement, dire qu’on a été créé, qu’on a reçu l’existence, que l’on n’est pas son propre créateur et encore moins son propre sauveur, que l’on est fondamentalement dépendant. Saint Paul le déclare :

Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?

Et si tu l’as reçu, pourquoi te vanter comme si tu ne l’avais pas reçu ?[4]

Oui, notre existence, nous la devons à Dieu.

C’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être. [5]

Pour nous, être, c’est être créés et aimés par Dieu d’un amour inconditionnel. En disant qui nous sommes, nous confessons que Dieu nous a créés gratuitement, d’un amour éternel qui ne se repent pas et ne se repentira jamais. Prendre conscience de cet amour qui nous précède et enveloppe chaque instant de nos vies nous aide à élargir nos cœurs, à nous ouvrir à tous les dons que Dieu nous fait. Nous redécouvrons la joie de ne pas être repliés sur nous-mêmes, mais de recevoir nos existences d’un Dieu qui nous appelle à accueillir et à partager son amour.

Les anciens parmi nous ont connu Michael Chang, tennisman vainqueur de Roland Garros à l’âge de dix-sept ans. Plus jeune vainqueur d’un tournoi du grand chelem, il déclarait : « Je remercie le Seigneur Jésus-Christ, parce que sans lui je ne suis rien. » Il disait ainsi une vérité profonde que nous pouvons tous reprendre à notre compte. Sans Jésus, nous ne sommes rien. Quand il signait des autographes, Chang ajoutait toujours les mots « Jésus t’aime ». D’une certaine manière, on lui disait « Michael », et il répondait « Jésus ». Même s’il s’entraînait durement pour gagner des tournois, sa personnalité était essentiellement animée par la certitude de l’amour de Dieu manifesté par Jésus.

C’est cette même certitude intérieure qui habitait le cœur de la Vierge Marie à l’Annonciation :

Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ! [6]

Voilà ce qui doit habiter nos propres cœurs, alors que nous nous préparons à recevoir le don que Dieu nous fait de son Fils à la crèche.

Comme la Vierge Marie et comme Jean le Baptiste, nous ne nions pas, bien au contraire, nous confessons le don de Dieu en Jésus. Dans cette Eucharistie, nous confessons Jésus, nous l’accueillons et nous le partageons. En lui nous trouvons notre joie. À lui la gloire, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.


[1] Jean 1,20.

[2] Matthieu 10,32-33.

[3] Jean 9,22.

[4] I Corinthiens 4,7.

[5] Actes 17,28.

[6] Luc 1,46-47.

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