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Dimanche 3 janvier 2020

Audio de l’homélie – sans la 1e phrase

Il faut l’admettre, frères et sœurs. Même si le bébé dans la crèche est tout-petit, le problème, lui, est de taille. Un vrai casse-tête.

En effet, les premiers disciples, nos valeureux prédécesseurs, ont été confrontés à une redoutable question. En bons juifs qu’ils étaient, ils professaient un monothéisme strict. Un seul et unique Dieu au ciel et sur la terre. Le problème, c’est que, sur terre précisément, il y aussi cet enfant, ce Jésus, dont ils ont peu à peu compris qu’il était, disons, un peu qu’un simple être humain. Vraiment homme, oui, mais pas seulement homme. Non seulement ce Jésus va s’attribuer des prérogatives qui n’appartiennent qu’à Dieu -comme de pardonner les péchés -, mais il va laisser entendre clairement qu’il n’est pas né de la dernière pluie. Avant même de voir le jour à Bethleem, « avant même qu’Abraham fut », « au commencement », déjà il était là.

Depuis Noël, il y a donc un Dieu sur terre, Jésus. Mais en même il y a toujours un Dieu au ciel, un Dieu auquel Jésus ne cesse de se référer, le Père céleste. Alors un seul Dieu? deux dieux? Vous voyez le problème. En fait, un Dieu unique mais qui est en lui-même Père et Fils, un Dieu unique en deux, et même en trois, personnes. Mystère de la sainte Trinité.

Qui aurait pu l’imaginer? Heureusement, en bon pédagogue, l’Esprit saint avait préparé le terrain. Il avait semé quelques indices dans l’AT et ces indices ont permis aux premiers chrétiens de se représenter tant bien que mal ce mystère. En effet, le Dieu de l’AT, le Dieu unique et sans pareil, n’était pas pour autant un Dieu solitaire. On le voit entouré, accompagné, de mystérieuses réalités, au statut mal défini, dont une des fonctions était de faire le lien entre le monde de Dieu, où elles semblent chez elles, et le monde des hommes où elles sont envoyées. Ainsi de la Parole de Dieu, dont l’Ecriture nous dit qu’«elle touchait au ciel et se tenait sur la terre» (Sg 18, 16). Ainsi aussi de la Sagesse. La sagesse de Dieu.

C’est quoi la sagesse? Une personne sage, c’est une personne qui, sans se noyer dans les détails, va à l’essentiel, une personne qui regarde toute chose à la lumière des vérités les plus fondamentales, une personne qui organise sa propre vie en fonction de ces vérités essentielles. Qui oserait refuser à Dieu la sagesse? Eh bien, au sujet de cette sagesse de Dieu l’Ecriture nous enseigne trois vérités qui éclairent en profondeur le mystère de Jésus, car -tel est bien le grand message de l’évangile de saint Jean : cette sagesse de Dieu c’est quelqu’un, c’est Jésus lui-même.

Première vérité. La sagesse de Dieu « est sortie de la bouche du Très-haut ». Elle vient de Dieu qui l’a engendrée avant les siècles. « Quand les abîmes n’étaient pas, dit-elle, je fus enfantée ». Engendrée, non pas créée, car cette Sagesse tout en sortant de Dieu demeure en Dieu, ne fait qu’un avec Lui. Un peu comme ma pensée: elle vient de moi, c’est moi qui la produit, mais elle reste en moi, du moins tant que je ne l’exprime pas.

Deuxième vérité. Cette sagesse de Dieu a pris part à la création, à la mise en ordre d’un cosmos qui en porte les traces. « Quand Dieu traça les fondements de la terre, j ‘étais à ses côtés comme le maître d’œuvre », proclame la Sagesse. Et saint Jean lui fait écho dans l’Evangile: « C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. » (Jn 1, 3) et nous le redirons dans le Credo: « et par lui tout a été fait ».

Troisième vérité. Cette Sagesse fait la joie de Dieu -« Jour après jour, dit-elle dans la Bible, je faisais les délices de Dieu, m’ébattant tout le temps en sa présence ». Or, la suite de ce verset nous apprend que la Sagesse n’a d’autre désir que de faire sa demeure chez les hommes. « Je trouve mes délices parmi les enfants des hommes » (Pr 8) -. Déduction: si Dieu met sa joie dans la sagesse et si la sagesse met sa joie en nous, par transitivité, qui accueille la sagesse fait la joie de Dieu. Voilà pourquoi, Dieu, dans l’intention de restaurer cette intimité qui était la sienne avec les hommes au paradis des origines, donne un ordre à la Sagesse: « Le créateur de l’univers m’a donné un ordre, celui qui m’a créée m’a fait dresser ma tente, i1 m’a dit: « Installe-toi en Jacob, entre dans l’héritage d’Israël » » (Si 24).

La Sagesse a donc dressé sa tente en Israël -elle a pris la forme du livre de la Loi, la Torah, cette Loi qui rend sages ceux qui la pratiquent. Car elle livre, si je puis dire, le mode d’emploi de la création par le Créateur lui-même. Qui accueille la Sagesse sait comment habiter cette terre d’une manière qui soit conforme au projet de Dieu. Salomon l’avait bien compris: « Avec toi, ô Dieu, est la Sagesse, qui connaît tes œuvres et qui était présente quand tu faisais le monde; elle sait ce qui est agréable à tes yeux [ … ]. Envoie-la de ton trône de gloire pour qu’elle me seconde et [ …] que je sache ce qui te plaît» (Sg 9, 9-10).

Mais la Sagesse est allée plus loin encore, car si « la Loi nous fut donnée par Moïse la grâce et la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ». Le Verbe de Dieu, la Sagesse de Dieu, s’est fait chair et elle a dressé sa tente parmi nous pour faire en nous sa demeure. Accueillir Jésus par la foi, c’est avoir part à sa plénitude, c’est devenir en lui sagesse de Dieu de sorte que Dieu mette en nous sa joie et sa complaisance. Bien plus, accueillir Jésus, c’est devenir fils dans le Fils, c’est recevoir ainsi le sens même de notre vie, je veux dire son orientation. Car, en Dieu, dans l’instant de l’éternité, le Fils, le Verbe, ne cesse de jaillir du Père qui l’engendre et il ne cesse de se replonger en quelque sorte dans le sein du Père. Il est, comme dit saint Jean, auprès de Dieu, non en un sens statique mais en un sens dynamique. Le Fils est tendu vers le sein du Père. Aussi qui l’accueille se trouve à son tour entrainé dans cet immense mouvement qui projette le Fils vers le Père. Qui l’accueille va vers le Père, vers le sein du Père. Et là, frères et sœurs, est notre demeure pour l’éternité. Amen

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