Samedi 31 mars 2018.Vigile pascale.
Homélie de Mgr Bousquet
Textes : 7 lectures + Rm 6, 3b-11 ; Ps 117 ; Mc 16, 1-7.

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Frères et sœurs, la vigile pascale, sommet de l’année liturgique, prend le temps de lire plus amplement que d’habitude les Saintes Ecritures. C’est pour raviver en nous la mémoire longue de l’histoire du salut. C’est avec cette mémoire longue que nous devons comprendre la Résurrection, pour réaliser ce qu’elle opère en nous jour après jour. Que fêtons-nous cette nuit ? Nous célébrons le Dieu Vivant, qui veut nous donner en partage sa vie, et sa vie éternelle.

Nous fêtons la Création, et la nouvelle création, c’est-à-dire le salut. La création est bonne, elle est bien faite, et la sauvegarde nous en est confiée. Elle est comme notre corps, elle ne doit pas être saccagée ou détruite. Ses richesses naturelles ne sont pas destinées aux prédateurs, mais à ceux qui habitent et soignent leur terre. De même l’amour s’épanouit quand il est transmission de la vie. Béni soit Dieu d’avoir créé l’être humain homme et femme.

Nous fêtons l’Alliance. Dieu ne crée pas seulement, il entre dans sa création par sa Parole, et par sa Parole faite chair, son Fils le Christ Jésus. La foi, dont Abraham est la figure par excellence, ouvre un avenir dans la confiance, puisque le Créateur lui-même s’est lié à sa créature.
Le récit du sacrifice d’Isaac par Abraham mérite un mot d’explication. On peut le comprendre à plusieurs niveaux : premièrement il apprend à arrêter les sacrifices humains, au nom de la foi : en toutes circonstances, il ne faut plus jamais sacrifier des humains. Mais ce sont les Pères de l’Eglise qui ont compris le fond des choses. Abraham dans sa foi ne recule pas devant l’incompréhensible, sacrifier tout ce qu’il y a de plus précieux, et qui est en plus le signe de la promesse, Isaac.
Non seulement Dieu l’arrête, mais cette fois, au Calvaire, dans sa confiance, son attachement inouï à nous, c’est Dieu lui-même qui fait cette folie de ne pas répondre à la violence par la violence. En Jésus il ne retient pas sa vie comme une proie. Sa vie, c’est-à-dire tout ce qu’Il est, tout ce qu’Il a : son propre Fils, afin que les humains réalisent à quel point jusque dans la mort il fait corps avec eux.
Cette Alliance infiniment nouvelle est éternelle. En lui la haine, et la mort sont tuées, elles ont perdu leur pouvoir. Il est tellement puissant que même notre condition mortelle ne l’empêchera pas de nous rejoindre.

Nous fêtons la Nouvelle création, nous fêtons l’Alliance éternelle, c’est pourquoi nous fêtons la Pâque. Le mot veut dire passage, comme l’Exode est la sortie. La sortie d’Egypte, en même temps que la Résurrection du Seigneur, donnent la signification de notre baptême. Voilà ce qu’est la vie des baptisés : c’est sortir, grâce à Dieu, d’une terre d’esclavage, de tout ce qui nous rend esclaves ; c’est traverser l’épreuve de la mer, qui peut nous tuer ; et c’est ressurgir, accrochés au Christ, comme Lui est ressurgi de la mort, pour enfin marcher ensemble vers la Terre promise.

Ainsi, baptisés, nous fêtons le Dieu Vivant, le Dieu qui nous fait revenir de nos exils, qui nous rassemble quand nous nous dispersons dans nos solitudes et nos égoïsmes. Lui nous purifie en nous apprenant à aimer. Dans la Résurrection du Seigneur s’accomplit cette grandiose histoire du salut, qui concerne chacune de nos humbles et menues existences : c’est une histoire d’amour, et elle renverse à la fin la mort. Le dernier mot n’est pas au sang et à la violence ; le dernier mot n’est pas à l’insignifiance ni à la tristesse.
Saint Paul rappelle aux Romains (et c’est nous les romains d’aujourd’hui, l’Eglise qui est à Rome !) : De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, et vivants pour Dieu en Jésus-Christ. Comprenons : la Résurrection est d’abord ce qui lui arrive à Lui, en son corps d’homme, et de Fils de Dieu. A sa mort le Seigneur remet son Souffle au Père, et le Père le ressuscite en lui rendant ce Souffle, l’Esprit-Saint. Mais c’est aussi pour nous qu’il est ressuscité : car c’est bien le Seigneur Jésus qui est ressuscité en sa condition humaine, partagée avec nous, mais qu’il transfigure.
Ainsi, avec cet événement ultime, il y a définitivement dans l’histoire plus que l’histoire, et dans nos vies plus que nos vies. Notre avenir, c’est la résurrection.

Oserons-nous le croire, et appuyés sur cette foi, cette espérance, cet amour, rendre visible ce que cela change ? Nos vies pécheresses, pardonnées dans la résurrection du Seigneur, peuvent se relever, revivre, être peu à peu transfigurées. La création et la culture, le travail pour la paix et la justice, et d’abord l’humble vie quotidienne, sont le domaine où nous pouvons œuvrer à cette transfiguration. L’alliance de Dieu s‘étend à tous les hommes, éteignant tout ce que l’homme peut inventer pour s’abîmer et se détruire, restaurant la confiance, ouvrant un avenir renouvelé. C’est précisément en ayant une mentalité d’exode que nous reviendrons de tous nos exils : il nous faudra être attachés à notre monde, à notre terre, à nos vies, en vivant cela en même temps dans le détachement des idoles, des faux-semblants, des vanités et des illusions, sans rien retenir que l’amour, dans le soin qu’il faut prendre les uns des autres.

L’Esprit de Résurrection, l’Esprit du Ressuscité et de son Père ne nous manquera pas. Il vient à nous ce soir, et par le baptême, qui marque un seuil ; et par l’eucharistie, qui nous ressuscite avec Lui, par Lui, et en Lui. Accueillons donc notre propre résurrection qui commence avec le Ressuscité, en nous laissant transformer par ce que nous célébrons, car après lui rien ne peut être comme avant .

Amen.

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