Rome, Saint-Louis des Français. Samedi 11 avril 2020. Vigile Pascale (Année A).

Homélie de Mgr Bousquet. 7 lectures + Rm 6, 3b-11 ; Mt 28, 1-10.

L’évangile qui vient d’être proclamé reprend là où nous en sommes, le vide qui suit la mort de Jésus. Et voilà qu’avec la pandémie actuelle, il nous est donné de vivre comme un vide. Nous sommes dans les jours de notre époque un peu comme les deux Marie, en train de faire notre visite au tombeau de Jésus. Mais ne nous y trompons pas. Le monde entier a l’air d’être comme suspendu. 

Mais il nous faudrait y regarder de plus près. Les nouvelles nous parlent aussi des peuples menacés (en Syrie ou ailleurs), des ravages de la guerre, de la faim, de l’injustice. Et chez nous, ce temps suspendu va-t-il favoriser l’intériorité, va-t-il dissiper ou renforcer la morosité des foules sans but, sans horizon, à qui l’on voudrait encore faire croire que la possession de biens, l’échappée dans le virtuel, le sauve-qui-peut égoïste, l’abêtissement quotidien, suffiraient à combler notre désir d’infini, de bonheur partagé, de paix. On voit bien comment l’autre est bien vite rejeté, quand il ne sert pas carrément de bouc émissaire. Et les repus, les tricheurs, les vaniteux et les triomphants du jour, occupent un espace où l’on pourrait rêver de mieux. (Je pense à un ami m’écrivant il y a peu, bouleversé par ce qui se passe comme profits et mépris des travailleurs non protégés chez Amazon, qu’il connait bien, dans ce moment qui est une aubaine pour ce genre d’entreprises…) 

Où donc est Dieu ? Voilà la question que se posent les croyants, et aussi qu’on leur pose. Nous l’avions vu sur nos chemins d’humanité et il a été tué.

Reste la piété pour ce mort. Mais là, en écoutant l’évangile, quel tremblement de terre si différent ! En lisant la Passion nous l’avions déjà compris, le langage apocalyptique employé par Matthieu, qui écrit pour des chrétiens d’origine juive, est clair pour les juifs. Il se passe quelque chose qui a à voir avec la fin des temps. 

Un envoyé de Dieu descend du ciel, la pierre du tombeau est roulée (elle n’est plus à craindre, on peut s’asseoir dessus), l’éclair et la blancheur disent la présence divine. Les gardes, bouleversés et dans la crainte, sont comme morts. Mais qu’est-ce qui se passe ? 

La parole de l’ange explique. Le Crucifié est vivant, il est ressuscité ! Allez l’annoncer… La suite de la scène est décrite superbement : Vite, elles quittèrent le tombeau, tremblantes et toutes joyeuses, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples. Et voici que Jésus vient à leur rencontre et les salue. Lui-même, cette fois. Et c’est bien ses pieds qu’elles saisissent, pendant qu’il leur dit d’être sans crainte, et qu’il précèdera les disciples en Galilée. Là, les disciples aussi le verront.

Voici donc ce que nous annonçons, chrétiens depuis deux millénaires. Au-delà de la mort, Jésus est vivant, et avec son humanité. Vous le savez, il y a deux familles de récits, dans la Tradition, ceux qui insistent sur la continuité : les récits d’apparition ; et ceux, les récits autour du tombeau vide, qui insistent sur le fait que Jésus, qui est bien le même, est aussi autre, transfiguré, comme nous le serons d’ailleurs nous-mêmes à sa suite au-delà de la mort. C’est une nouvelle qui reste toujours neuve, pour trois raisons.

Cela veut dire que, grâce à Dieu, notre aboutissement, le bout du chemin, ce n’est pas la mort, mais la vie. Celui qui suit Jésus ne va pas de la vie à la mort, il va de la mort à la Vie. Toute épreuve, et même l’ultime, est traversable, si nous restons accrochés à Lui, le Ressuscité. Le Dieu Vivant veut faire de nous des vivants, maintenant et à jamais. 

Les chrétiens, des vivants !

Deuxièmement, si Jésus se fait reconnaître vivant à jamais en Dieu avec son humanité, cela veut dire qu’alors cette humanité est le bien le plus précieux. Il faut en respecter la dignité, il faut en prendre soin, en faisant les miracles qui sont les signes du Royaume qui advient : nourrir, guérir, réconcilier. 

La nouvelle n’est pas qu’il est vivant en Dieu ; ce qui est évident à propos de tout homme qui meurt comme un homme de bien, juste et aimé de Dieu. La nouvelle est qu’il se fait reconnaître comme vivant en Dieu avec son humanité. Certes les apparitions sont le privilège de la génération contemporaine de Jésus. Car elle est la seule génération à pouvoir attester à toutes les autres que c’est bien le même, qu’ils ont vu mort crucifié, et qu’il est Vivant. Notre foi est appuyée sur la foi des seuls qui peuvent porter ce témoignage. Mais il n’empêche. C’est cela qu’il nous faut réaliser : au lieu de rejeter une humanité qui tue les innocents, Dieu assume en lui-même, à partir de la Résurrection, avec l‘humanité de son Fils, la nôtre. 

Désormais, il y a en Dieu, avec l’humanité de Jésus, à jamais, la nôtre, attendue en sa vie éternelle et promise à transfiguration… C’est cela, la fin du temps, qui arrive déjà dans le temps. Désormais toucher à Dieu c’est toucher à l’homme, toucher à l’homme c’est toucher à Dieu. Cette nouvelle n’est pas seulement la bonne nouvelle d’être des vivants promis à la vie, elle est bonne nouvelle du corps à corps que Dieu en Jésus entretient avec nous jusqu’à la fin. Les Chrétiens, à cause du Ressuscité : des passionnés de la dignité de l’humain !

Cette nouvelle toujours neuve veut dire enfin que la donne est changée. Nous allons pouvoir justement vivre les Béatitudes, le bonheur de ce qui remet le monde à l’endroit. Heureux non pas les violents mais les doux. 

Heureux, non pas les égoïstes, les frimeurs et les profiteurs, mais les artisans de paix et ceux qui sont persécutés pour la justice. 

Heureux ceux dont le cœur sera comme celui de Dieu, vaste comme la mer, et qui chercheront, modestement mais de tout leur possible, à contribuer à la résurrection des mal-aimés, des sans-force, des malades et des prisonniers, du voisin et du prochain. 

Les chrétiens : des artisans de transfiguration, grâce à la Résurrection !

Les chrétiens : des vivants, à cause du Créateur et de la Pâque du Seigneur Jésus.

Les chrétiens : des passionnés de la dignité de l’humain, sans peur, à cause de Dieu.

Les chrétiens : des artisans de transfiguration, grâce à la Résurrection.

Ne laissons pas la nuit, les ténèbres ou la grisaille envahir nos vies. Comme les deux Marie, qui étaient à la fois  joyeuses et toutes tremblantes, allons annoncer aux frères la joie du Seigneur qui nous entraine à sa suite… 

La Résurrection du Seigneur, c’est ce qui nous donne à tous, un horizon, et du Souffle !

Amen.

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