Rome, Saint-Louis des Français, Vendredi 30 mars 2018
Vendredi-Saint. Homélie de Mgr Bousquet
Textes : Is 52,13-53,12 ; He 4, 14-16. 5, 7-9 ; Passion selon Jn 18,1-19,42

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Ce soir où nous célébrons la Passion du Seigneur, frères et sœurs, il nous faut revenir au cœur de notre foi chrétienne. Nous venons d’entendre la Passion selon Saint Jean, nous allons élargir notre prière aux dimensions du monde ; nous allons vénérer la croix en adorant Celui qui est mort pour nous. Que faisons-nous, que disons-nous, qu’avons-nous à imiter lorsque : nous, célébrons, la Passion, du Seigneur ?

Nous, qui, nous ?
D’abord les paroissiens et pèlerins rassemblés ce soir encore, comme au travers des siècles ceux qui nous ont précédé sous cette voûte, et dès le début de l’Eglise, là où ils vivaient, les premiers chrétiens d’après la Pentecôte, et les premiers hrétiens de Rome.
Mais il y a dans notre cœur et notre prière, les cercles successifs de ceux que nous aimons, de ceux avec qui nous vivons, de ceux avec qui nous travaillons.
Il y a aussi ce monde dont nous sommes solidaires et que nous connaissons toujours plus par les médias, en sachant qu’à présent toute la terre ne fait qu’un, que nous sommes tous partenaires de la construction d’un monde nouveau. Dans ce nous, il y a chacun de nous ici, et il y a tous les hommes.
Or, ce « nous » est en passion : les attentats, la guerre, l’injustice, les haines, et les mépris de l’homme – peut-être pour nous personnellement un échec, une rupture, le vieillissement ou la maladie, des difficultés de toute sorte, – tout cela pèse sur nous, nous enlève cette joie, cette vitalité, ce bonheur que Dieu veut pour nous.
Par moments, il nous semble n’être pas proportionnés au mal qui nous ronge.
Parfois nous crions vers le Seigneur avec les mots du Psalmiste – ce sont les mots mêmes du Christ en croix récitant le début du Psaume 22 : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné. (…) Irons-nous jusqu’à la fin du Psaume ? Tu m’as répondu ! et je vais redire ton nom à mes frères et te louer en pleine assemblée.
En tout cas ce ne sera pas sans lui, tout comme dans ce nous, il y a toute la passion du monde, des frères tous solidaires, passant, accomplissant la Pâque à la suite du Premier d’entre eux…

Nous célébrons. Qu’est-ce que célébrer ? C’est revivre. Non pas mimer, ni seulement se souvenir, et surtout pas faire semblant. Mais c’est, en même temps que l’on fait mémoire, se laisser remplir, maintenant, du don de Dieu toujours le même, – et par là ouvrir un avenir.
Car il n’est aucun don, aucune grâce qui ne soit en même temps exigence et promesse.
Cette mémoire, ce don de Dieu au présent, cet avenir, c’est cela qui permet à toute l’Eglise qui célèbre de vivre, de vivre doublement, de revivre à travers les temps, non seulement répéter, mais refleurir, pour annoncer à tous la bonne nouvelle du salut jusqu’à ce qu’Il revienne.

Et, en effet, nous, célébrons, la Passion du Seigneur. Un Père de l’Eglise s’émerveillait : unus de Trinitate passus est : un de la Trinité a souffert, ou plutôt : l’Unique, le Fils Unique, le cœur du cœur de Dieu, – comme dit le Credo : Dieu de Dieu, Lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu -, tout ce que Dieu est pour nous, voilà que celui-là, l’innocent, la bonté, l’amour en personne venu dans le temps, voilà qu’il est mis à mort ! Mais c’est pour nous. Le secret de la Passion le voilà, c’est « pour nous ». Quand on aime on est vulnérable. Le Seigneur nous aime à l’infini. Il a pris ce risque d’être vulnérable. Et quand la haine l’a condamné, il a souffert.
Pourquoi célébrer la Passion ? C’est qu’en prenant sur lui de ne pas répondre par la violence, plus même : de pardonner à ceux qui le tuent, il montre à tous que chacun est aimé infiniment. Ainsi, c’est la haine qu’il tue en sa personne, et avec elle la mort, et il révèle parfaitement l’amour du Père.
Un Dieu infini ? – oui, mais qui s’est fait homme, et comme eux, avec eux, pour eux, fait face à la souffrance et à la mort.
Un Dieu immortel ? – oui, mais qui ne nous laisse pas dans la solitude de ce moment, de la mort, qu’il traverse avec nous.
Un Dieu Tout-Puissant ? – oui, mais avec cette puissance qu’est l’amour, l’humilité, autrement dit une puissance qu’aucune faiblesse n’arrête, de telle sorte qu’avec la mort, c’est le péché et le mal qui sont renversés à jamais par ce combat que nous devons reprendre.

Nous, célébrons, la Passion, du Seigneur.
La Passion que nous célébrons, c’est bien la Passion du Seigneur. Le Seigneur c’est le titre, le nom même de Dieu qu’ont donné à Jésus ses disciples, le reconnaissant ainsi comme Christ, Messie Sauveur. Jésus-Christ, c’est avec le nom propre et son tiret une confession de foi.
Dire que c’est la Passion du Seigneur que nous célébrons, c’est dire que nous avons foi, que nous envisageons autrui et l’avenir avec confiance, que nous attendons nous aussi la Résurrection. La souffrance, la misère, le mal n’ont pas de valeur en soi, ils doivent être combattus.
Mais le rapport que nous entretenons avec ce mal, avec la force du Christ, en change le signe. L’humilité renverse l’humiliation. En ce jour nous voilà déjà plongés dans l’attente de la Pâque, et dans une prière qui se fait plus pressante.
Oui, ce soir, nous, célébrons, la Passion, du Seigneur.

Seigneur, n’oublie aucun de tes enfants, Tu nous vois rassemblés autour de ta Croix.
Fais qu’aucun de nous ne reste en dehors de ce mouvement de la Pâque, de ce passage de la mort à la vie, à ta suite, dans le même don d’une existence de partage et d’amour. Seigneur, souviens-toi de nous, nous tous.
Fais que chacune de nos passions soit comme la tienne et avec Toi une manière de tuer la haine, de nous ouvrir à l’amour du Père et des frères, de répandre sur toutes choses ton Esprit.
Donne-nous enfin d’attendre la Résurrection, de cette attente active qui se nomme charité, avec la patience et la ténacité de l’Espérance, pour que ton Règne vienne, avec la paix que tu nous donnes, jusqu’au travers des épreuves.

Amen

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