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Dimanche 13 novembre 2016. 33e dimanche du temps ordinaire (Année C) Messe pour les morts de toutes les guerres, en présence des autorités civiles et religieuses. Rome, Saint-Louis-des-Français. Homélie de Mgr Bousquet. Textes : Mi 3, 19-20a ; 2 Th 3, 7-12 ; Lc 21, 5-19.

Frères et sœurs : un seul mot pour rassembler ce que nous enseignent les textes de la liturgie de ce jour : la foi est une victoire qui lutte, aujourd’hui et demain avec la force, l’Esprit du Ressuscité… Nous sommes peut-être trop habitués aux textes apocalyptiques que la Liturgie nous donne à lire à la fin de l’année liturgique.

Comment comprenonsnous ces lectures ? Est-ce une bonne nouvelle de proclamer qu’il y aura des catastrophes ? Bref, soyons attentifs et revenons aux textes. Nous avons trois morceaux dans ce texte de Lc, et l’on voit quand même un peu les deux coutures du passage des traditions orales à la tradition écrite.

La première parce que les disciples posent à Jésus une question, et qu’il répond de manière un peu décalée ; la seconde parce qu’il dit de ne pas s’effrayer, et juste après « ajoute » les choses les plus effrayantes qui soient. Mais si l’ensemble nous a été conservé tel quel, c’est pour être « parlant » à qui veut bien l’accueillir. « Certains disciples de Jésus parlaient du Temple, admirant la beauté des pierres et les dons des fidèles. Jésus leur dit : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. ».

 » Quand on y pense, la communauté qui recueille cette parole de Jésus voit sa réalisation après la destruction du Temple en 70. Et c’est terrible, car il ne s’agit pas seulement de belles pierres, mais du lieu de séjour de Dieu parmi son Peuple, là où lui est rendu le culte attaché à l’Alliance. Mais la vraie tristesse de Jésus, quand il pleure sur Jérusalem, est de constater que le peuple de Dieu ne sait pas reconnaître le passage de son Dieu…

Quand on y pense ! C’est Lui, l’Eternel en personne dans le temps, qui pleure sur la précarité de nos plus belles réalisations, de notre vie elle-même. Et il va l’éprouver jusque dans le Temple qu’est son corps… Première question : savons-nous vivre la dynamique du précaire, précisément en ce que Dieu l’habite ? Dieu c’est maintenant, ce maintenant fût-il fragile. C’est tout de suite, que se joue l’avenir du Royaume. C’est chaque jour que la charité nous presse, que l’urgence est de partager ce qui fait notre vie, de ramener la paix et la justice autour de nous, de secourir à la mesure de notre possible.

Là d’ailleurs est le point : la Résurrection du Seigneur qui est le centre de l’année liturgique se rappelle à nous à son terme comme l’urgence de la charité et de la paix. Avec la Bonne Nouvelle que le salut est destiné à tous, qu’il a commencé d’avoir lieu avec Jésus, s’affirme avec évidence que ce don de Dieu est pour nous une tâche. La grâce est exigeante. Aimer, donner, agir, prier, se dépenser sans compter, nous hâter vers le monde neuf dont nous avons présentement, avec ténacité, à être les sourciers, voilà ce qui compte, et non pas notre attachement à « la beauté des pierres et les dons des fidèles », pour reprendre notre texte. Devenir chrétien, cela sert à multiplier concrètement l’espérance jusques et y compris dans le précaire… Pour autant, deuxième morceau de ce passage de Lc : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer ». L’avertissement est clair, tous ces prêcheurs d’apocalypse, qui nous déversent leurs angoisses, ou qui se cherchent une clientèle en jouant sur la peur : « Ne marchez pas derrière eux !

Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne vous effrayez pas : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin. » Ce « il faut » n’est pas une nécessité, mais un constat : oui, le monde est dans les douleurs, et nous avec. Mais non, ce n’est pas « tout de suite », la fin des temps. Jésus ici tranche : attendre la fin, une fin dont nous ne devons pas oublier qu’elle sera positive, résurrection et transfiguration, ne doit pas nous détourner de nos responsabilités au jour le jour. Car c’est notre manière de vivre le temps avec le Ressuscité qui témoigne de la solidité de l’espérance concernant la fin. Est-ce bien comme cela que nous vivons ?

Mais alors, pourquoi Jésus, après avoir dit : « Ne vous effrayez pas », ajoute : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre, et çà et là des épidémies de peste et des famines » etc. ? C’est simple, prenez le journal d’aujourd’hui. Le monde est en feu, en particulier au Moyen-Orient ; les tremblements de terre de cette année, mais aussi la violence des attentats qui ont frappé notre pays depuis un an, à Paris, à Nice, à Rouen. Nous sommes bien les contemporains des malheurs et des convulsions de ce monde.

Nous voici devant l’épreuve décisive et quotidienne de la foi. Comment pouvez-vous parler d’espérance et de résurrection quand on voit ce qui se passe, nous demandent les gens ? Mais nous ne disons rien d’autre, sinon que nous sommes sûrs de la Parole de Celui dont la chair, Temple de Dieu en même temps qu’elle est notre chair, qu’elle est liée à la nôtre, à ce que nous devenons, est passée par la mort, Lui qui est Vivant à jamais, prémices de notre humanité sauvée, et qui nous donne son Souffle…

Père, délivre-nous du mal, et rends nous la vie jour après jour, tandis qu’en faisant mémoire de ceux qui nous ont précédé, de ceux qui ont combattu pour la liberté et de ceux qui ont été victimes de la violence, nous partageons ton repas qui nous achemine vers l’éternité d’un monde transfiguré. Oui, la foi est une victoire qui lutte, aujourd’hui et demain, dans la force de l’Esprit. Seigneur, ton amour soit sur nous comme notre espérance est en toi !

Amen

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