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Rome, Saint-Louis des Français, Jeudi 10 Mai 2018

Jeudi de l’Ascension (pour la France).  Homélie de Mgr Bousquet

Textes : Ac 1, 1-11 ; Ep 4, 1-13 ; Mc 16, 15-20.

Frères et sœurs, nous pourrions être surpris : quelle idée de fêter le départ du Christ ! Nous voudrions tant qu’il soit visible au milieu de nous… Maiq que fêtons-nous alors ? C’est simple, et c’est très fort : l’Ascension, c’est notre nativité au ciel, dans le Royaume de Dieu. Alors laissons-nous enseigner les chemins du Royaume par la fête de l’Ascension, et la Parole de Dieu que nous venons d’écouter.

Le début des Actes, d’abord. L’œuvre de saint Luc se déploie en deux volumes : tome 1, l’Evangile : de l’universel à l’Unique : de l’universel humain, en passant par la particularité de l’histoire du Peuple de Dieu, à cet Unique qu’est Jésus. Tome 2, les Actes des Apôtres : de l’Unique à l’universel : de cet Unique, Jésus le Christ, en passant par l’Eglise, à l’universel humain. Ou encore : de Jérusalem aux extrémités du monde, c’est-à-dire, symboliquement, à Rome, qui à l’époque rassemble les nations si diverses.

Relisons dans ce début des Actes: Il s’est présenté vivant après sa Passion : il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu, et leur a parlé du Royaume de Dieu. (…) Puis le texte rappelle la promesse de l’Esprit, dans lequel ils seront baptisés d’ici peu de jours…(…) pour être alors ses témoins à Jérusalem (il faut commencer au plus proche), dans toute la Judée et la Samarie (ce qui réunit la Judée à ce qu’elle délaisse, et élargit le champ), et jusqu’aux extrémités de la terre (là, on est à la taille de ce qui se passe).

Qu’y a-t-il là pour notre foi d’aujourd’hui ? C’est la foi des Apôtres : il est vivant après sa Passion. La promesse et le don de l’Esprit sont pour nous aussi permanents. Notre mission est d’être les témoins, de cette Résurrection, de cette Ascension, de cette nouvelle Pentecôte. Et les messagers nous disent encore de ne pas rester à regarder en l’air, car son retour est assuré. Entretemps notre tâche va de cette terre à l’horizon. Ainsi nous devons être ses témoins, dans les grandes largeurs et au plus proche. En quoi consiste cette mission ?

C’est la finale de l’évangile selon saint Marc, que nous avons entendu proclamer qui répond, en rappelant trois exigences de cet éblouissant amour de Dieu manifesté pour nous à l’Ascension, en trois verbes.

Aller. « Allez dans le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. » Le contraire serait de rester immobiles, inertes, inactifs. Si la Bonne Nouvelle est notre joie, mettons-nous en mouvement.

Croire. « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. » Cette parole peut sembler dure. Nous n’aimons dans la bouche de Jésus les paroles de condamnation. Mais prenons la parole comme elle est : un simple constat, qui honore notre liberté ; et voyons bien qu’il en va de notre vie et de notre mort, et cela dès à présent, dans une existence baptismale, c’est-à-dire pascale, qui nous introduit à la filiation et à la fraternité qui renouvellent toutes choses. Croire et être baptisé, c’est cette pâque-là, dans laquelle nous sommes sauvés. Ne pas entrer dans cette imitation de Jésus, c’est ne pas croire ; et c’est ne pas être baptisé dans sa pâque que de nous enfermer dans ce qui ne sauve pas…

Aller, croire, et enfin proclamer l’Evangile à toute la création. Proclamer la Bonne Nouvelle du salut pour tous en Jésus-Christ, en posant les signes concrets de l’effectivité de ce que vous dites, de ce que nous disons. Pas seulement les sacrements, mais  les miracles ou plutôt les merveilles de Dieu, qui annoncent dans la charité vécue le Royaume qui advient.

A nous, pour annoncer la Bonne Nouvelle, et en commençant par le plus proche, de chasser les esprits mauvais, de tristesse, de désespérance, de dénigrement et d’envie, de lassitude et de paroles stupides. A nous de parler un langage nouveau en purgeant ce qu’il y a de vain, de creux, dans nos paroles, précisément en nous engageant dans la parole donnée. Car la Révélation n’est pas autre chose que l’engagement de Dieu envers nous.

Et surtout, à nous de communiquer la nouveauté incessante qui est celle du Seigneur. A nous de désamorcer poisons et serpents, à nous de prendre soin des malades et des tristes…

C’est pourquoi il nous revient alors, ayant entendu Paul aux Ephésiens, d’habiter ce que nous proclamons, de vivre ce que nous célébrons : je vous exhorte donc à vous conduire d’une manière digne de votre vocation : ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns et les autres avec amour (anechomenoï allèlôn, dit le texte grec : portez-vous les uns et les autres en cheminant) ; ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix.

L’horizon que nous propose Paul est enthousiasmant, à la fin de ce passage : jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude. Le programme que trace pour nous l’Ascension, c’est cette autre Nativité, celle de l’homme à venir, Lui, ressuscité, et nous, ressuscitant, pour qu’il en soit sur la terre comme au Ciel.

Demeurons, en cette Eucharistie, encore et toujours, entre cette paix de la Résurrection et ce souffle de la Pentecôte…

Amen

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