Homélie Mgr Zani du 12 février 2017

Chiesa di San Luigi dei Francesi
‎ (VI Dom. A; Sir 15,15-20; 1Cor 2,6-10; Mt 5,17-37)‎
Roma, 12 febbraio 2017‎

Les lectures de ce dimanche, centrées sur le thème de la loi et des différents ‎commandements, forment une belle continuité. Confronté à cet argument, Jésus ‎affirme : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes :
je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Mt 5, 17).‎
Le thème de la loi est explicite dans le psaume responsorial de ce jour qui reprend ‎quelques versets du psaume 119. Nous y entendons l’exultation émue de la ‎révélation divine, exprimée à l’aide de différents termes, plus ou moins ‎équivalents : loi, témoignage, précepte, commandement, promesse, parole, ‎jugement, chemin. « Heureux les hommes intègres dans leurs voies qui marchent ‎suivant la loi du Seigneur ! Heureux ceux qui gardent ses exigences, ils le ‎cherchent de tout cœur ! […] Sois bon pour ton serviteur, et je vivrai, ‎j’observerai ta parole. Ouvre mes yeux […] Montre-moi comment garder ta loi, ‎que je l’observe de tout cœur » (Ps 119, 1-2. 17-18).‎
L’Ecriture Sainte ne nous propose ni un moralisme général ni un idéal vaguement ‎stoïque qui ne reposerait, au fond, que sur la volonté de fer de l’homme pour ‎atteindre ses objectifs. Elle nous propose une méditation sapientielle des ‎exigences à suivre pour accomplir la volonté de Dieu et, surtout, une invocation ‎pour mieux comprendre, pour mieux contempler les « merveilles » de la loi, pour ‎les conserver et pour les mettre en pratique. ‎
La première lecture, tirée du Siracide, nous propose quelques réflexions sur la ‎racine de la moralité, fondée sur le libre arbitre. La loi n’aurait aucun sens, si ‎l’homme n’était pas libre. L’homme demeure grand, même quand il se trompe, ‎parce qu’il accomplit alors un geste autonome, personnel, quand bien même ‎celui-ci le conduit à la « mort ». Mais une mort construite alors de nos propres ‎mains ! Telle est bien la grandeur tragique qui nous différencie fondamentalement ‎d’un minéral ou d’un animal qui ont, eux aussi, leurs propres lois. « La vie et la ‎mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur ‎choix » (Sir 15, 18). Ici, la vie signifie la communion avec Dieu, l’acceptation de ‎sa loi qui permet à l’homme de se réaliser selon le projet divin. En revanche, la ‎mort est le refus du projet de Dieu et, donc, un non-sens de l’existence. Il est ‎évident que la grandeur la plus vraie de l’homme consiste à savoir choisir ‎librement son chemin pour devenir, toujours en communion avec Dieu, auteur de ‎choses nouvelles et pour atteindre sa plénitude.‎
Le long passage de l’Evangile de Matthieu exprime, quant à lui, un concept ‎fondamental : la loi n’a de valeur que dans la mesure où elle est intériorisée, où ‎elle est saisie dans son inspiration fondamentale qui est de transformer l’homme ‎dans ses relations à Dieu et aux autres. Ce passage évangélique commence par la ‎présentation du thème : la relation entre Jésus et la loi ou les prophètes. Il se ‎poursuit avec divers logia où Jésus lui-même se fait l’interprète de certaines ‎prescriptions de l’Ancien Testament. Il est venu pour accomplir. Accomplir la loi ‎et la prophétie biblique, car rien ne peut être aboli. La mission de Jésus a pour ‎but non pas le renversement de ce qui a déjà été révélé, mais la promulgation ‎définitive de la volonté de Dieu. La justice nouvelle – autrement dit, son ‎accomplissement – ne se mesurera plus en termes de quantité de préceptes à ‎observer extérieurement, mais elle sera évaluée en fonction de l’adhésion du cœur ‎aux exigences du Royaume. Jésus illustre ses affirmations en présentant ‎différentes antithèses, introduites par une formule plusieurs fois répétée – «Vous ‎avez appris qu’il a été dit aux anciens » – elle-même suivie par une citation du ‎Pentateuque. Puis, il conclut – « Eh bien ! moi, je vous dis » – en offrant ‎l’interprétation correcte de la loi. Parmi les thèmes que Jésus aborde, il y a le ‎commandement de ne pas commettre de meurtre, qui fait partie des dix ‎commandements, et que Jésus interprète en affirmant que la colère et l’insulte ‎manifestent un conflit et un jugement qui menacent et bouleversent la vie de la ‎communauté. Le péché d’adultère est, lui aussi, soumis à une nouvelle ‎compréhension : l’union avec la femme d’un autre homme, avant d’enfreindre le ‎droit de propriété du mari, tel que le concevait la loi ancienne, plonge ses racines ‎‎« dans le cœur », dans le centre des choix vitaux et de la personnalité morale de ‎l’individu. Puis, vient la troisième antithèse, sur le thème du mariage. Enfin, celle ‎qui concerne l’exclusion de toute sorte de serment, pour démasquer une pratique ‎qui abuse de l’autorité de Dieu.‎
En ce dimanche, nous sommes invités à méditer sur la figure de Jésus de ‎Nazareth, venu dans le monde pour apporter la nouvelle mesure de la justice qui ‎est d’interpréter authentiquement la volonté du Père céleste. Jésus se présente ‎comme le nouveau Moïse, supérieur à celui qui a transmis la législation au Sinaï. ‎Il parle en son nom propre. Plus que maître, il est le révélateur qui apporte aux ‎hommes le message définitif du salut. Il s’agit d’un projet qui saisit l’homme tout ‎entier, dans son extériorité et dans son intériorité, pour faire de chaque instant de ‎son existence, de chacun de ses gestes, de chacune de ses pensées, de chacun de ‎ses sentiments, une parfaite manifestation de la volonté de Dieu. Pour entrer dans ‎le Royaume, Jésus demande une justice supérieure à l’observance ‎d’automatismes désincarnés et une adhésion qui intériorise les normes et ‎manifeste les véritables intentions du cœur. Cette justice transforme et rénove les ‎rapports que le disciple instaure avec ses frères. La justice prêchée par Jésus ‎s’inscrit dans le cadre des béatitudes ; elle en est une expression cohérente. Ce ‎n’est pas une loi imposée, mais un don pour être des artisans de paix, des cœurs ‎purs, des pauvres de cœur. Elle est un supplément d’amour qu’il donne à ‎quiconque désire vivre la nouveauté évangélique. L’Evangile a, sans nul doute, ‎ses exigences très rigoureuses et radicales mais, en même temps, il est don et ‎source de grâce pour vivre la vie nouvelle.‎

Dieu « connaît toutes les actions des hommes ». Il sait donc que, dans une injure, ‎peut se cacher la volonté d’anéantir l’autre, que, dans un regard, est parfois tenu ‎secret le désir de posséder, y compris avec arrogance, ce qui ne nous appartient ‎pas. Dieu qui « voit tout » n’accepte pas que l’homme remplace, par le culte, la ‎nécessité de construire des chemins de réconciliation, parce que la miséricorde ‎vaut plus que les sacrifices. En vivant cette tension de vouloir accomplir ce que ‎Jésus est venu inaugurer, nous pouvons comprendre la volonté de Dieu, malgré ‎les forts conditionnements de la logique du monde qui semblent surmonter la ‎sagesse que l’Esprit tient allumée. ‎
Dans cette même perspective s’inscrit la seconde lecture où Paul parle de ‎l’Evangile comme d’une « sagesse tenue cachée, établie par lui dès avant les ‎siècles, pour nous donner la gloire » (1 Cor 2, 7). Seuls ceux qui se confient à la ‎force de l’Esprit, ceux que Paul appelle « les parfaits », c’est-à-dire les chrétiens ‎adultes dans la foi, peuvent en faire l’expérience et la pénétrer : « Aucun de ceux ‎qui dirigent ce monde ne l’a connue, car, s’ils l’avaient connue, ils n’auraient ‎jamais crucifié le Seigneur de gloire ». Paul se réfère à ceux qui, à Corinthe, ‎s’estimaient « spirituels » parce qu’ils étaient en possession d’une gnose qui leur ‎permettait de tout connaître et qu’ils se considéraient supérieurs aux autres. ‎L’Apôtre encourage les chrétiens adultes dans la foi à ne pas se considérer ‎comme inférieurs parce que, dans le Christ, ils ont reçu le don extraordinaire de ‎connaître le plan de Dieu pour le salut du monde. Pour cette raison, Paul affirme : ‎‎« Et c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, en a fait la révélation. Car l’Esprit scrute ‎le fond de toutes choses, même les profondeurs de Dieu » (vv. 8-10).‎
Le chrétien adulte dans la foi est appelé à vivre dans cette dimension nouvelle, ‎autrement dit à voir les choses avec les yeux de Dieu car, « par l’Esprit » (v. 10), ‎il réussit à connaître et à voir « ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est ‎aimé » (v. 9). En ce sens, la porte d’accès qui conduit aux « profondeurs de ‎Dieu » (v. 10) n’est pas une connaissance fondée sur les capacités humaines, ‎mais c’est l’amour. Celui qui aime connaît jusqu’au fond.‎
Entre le oui au chemin de l’Evangile – qui est le chemin de la charité – et le non à ‎la mentalité du monde, entre la vie et la mort, nous demandons de savoir toujours ‎choisir sans rester tièdes et enclins aux compromissions. ‎
Tandis que nous remercions le Père, le Dieu du ciel et de la terre, de nous avoir ‎révélé les mystères cachés en son Fils Jésus, le Verbe incarné, qui s’est fait l’un ‎de nous, qui a pris sur lui notre péché et nous a libérés, nous lui demandons ‎d’accueillir pleinement en nous ce don. « Je mettrai ma Loi au plus profond ‎d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur » (Jr 31, 33) : ainsi l’avait prophétisé ‎Jérémie, dans l’Ancien Testament. Avec la plénitude de la révélation dans le ‎Christ et par le don de l’Esprit, la loi nouvelle de l’amour a été imprimée dans le ‎cœur de tout homme. Guidés par l’Esprit, qui fait toutes choses nouvelles et ‎opère en nous par cette loi de vie et d’amour, nous témoignons de la bonne ‎nouvelle qui nous engage à vivre en chrétiens adultes dans la foi, à dépasser toute ‎immaturité qui pourrait nous faire régresser vers une foi plus pauvre, construite ‎sur une obéissance stérile et formelle, et nous cheminons tel un peuple libre, ‎capable de dessiner une route nouvelle qui nous conduit vers la paix véritable. ‎

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