Homélie

Messe de suffrage à l’intention du Card. Jean-Louis Tauran

(Saint Louis des Français, 5 décembre 2018)

 

Eminences,

Chers frères dans l’Episcopat,

Chers Prêtres,

Chers frères et sœurs,

 

À cinq mois du départ pour le Ciel du bien-aimé Cardinal Jean-Louis Tauran, nous nous retrouvons dans cette église, si chère à son cœur, pour nous souvenir de lui et pour prier ensemble. L’Eucharistie que nous célébrons est une Messe de suffrage pour son âme : elle nous offre l’opportunité de faire mémoire d’une personne qui s’est dépensée jusqu’à la fin de sa vie au service de Dieu et de l’Église.

Les lectures que nous avons écoutées nous aident à saisir quelques-unes des multiples facettes de la personnalité du Cardinal Tauran. Dans le cadre d’une homélie, il n’est pas possible de tout dire, et c’est pour cela que je me limiterai à souligner trois aspects : le prêtre, le diplomate et l’épreuve de la maladie. Ce faisant, j’ai la possibilité de puiser dans mon expérience et mes souvenirs personnels, fruits de nombreuses et intéressantes années de collaboration, vécues avec lui à la Secrétairerie d’État.

Le prêtre. Le passage de l’Évangile de Saint Jean nous présente la figure de Jésus, le bon pasteur, qui connaît ses brebis et qui donne sa vie pour elles. Ainsi, l’évangéliste met en lumière le désir profond que le bon pasteur nourrit pour ses brebis. Mais il souligne aussi le désir qui le conduit vers d’autres brebis pour les ramener à la bergerie et en faire un unique troupeau avec un seul pasteur (Cf. Jn 10). Nous trouvons ici définie l’identité du prêtre, unie à ce souci qui devrait toujours animer sa mission. En rencontrant le Cardinal Tauran, on percevait, tout de suite et avant tout, que l’on était face à un prêtre authentique, chez qui transparaissait l’amour total et inconditionnel pour l’homme, pour chaque homme, et pour l’Église. Très souvent, en dépit des nombreux engagements du service, il tâchait de trouver le temps nécessaire pour dicter à son secrétaire les textes de ses homélies, dans lesquelles on pouvait saisir l’âme du pasteur derrière les paroles et la passion pour le bien de l’Église. Souvent, il aimait répéter à ses collaborateurs que le prêtre est prêtre vingt-quatre heures sur vingt-quatre. En outre, quand l’occasion lui en était offerte, il recommandait aux diplomates du Saint-Siège d’être avant tout des prêtres authentiques et il soulignait que le service diplomatique devait en être une manifestation.

Le diplomate. Jeune prêtre, il a commencé à servir dans les Représentations Pontificales et, après quelques années, il a été rappelé à la Secrétairerie d’État, à la Section pour les Relations avec les États, où il a occupé le poste de Sous-Secrétaire puis celui de Secrétaire pendant treize ans. Dans l’exercice des nombreuses responsabilités de cet office, se sont manifestées en lui l’étoffe et la stature du diplomate du Saint-Siège. L’intelligence, la délicatesse dans le trait, la finesse de l’humour français et toutes les autres qualités humaines et chrétiennes lui ont permis d’établir des relations profondes et durables à tous les niveaux. Dans les rencontres qu’il avait souvent avec ceux que l’on appelle « les grands de ce monde », c’est précisément le lien étroit entre l’authenticité du prêtre et l’habileté du diplomate qui frappait positivement son interlocuteur. A maintes reprises, il a dû affronter des missions qui n’étaient pas faciles, y compris dans des moments de l’histoire particulièrement durs, mais il les a toujours vécues avec le cœur et l’âme du pasteur et avec une fidélité sans faille au Successeur de Pierre. Il avait la capacité d’établir des relations qui, loin d’être superficielles, étaient fondées sur l’attention délicate à la personne qui se trouvait face à lui. Qui plus est, sa grande patience, unie à la persévérance et à l’optimisme évangélique, lui ont permis d’atteindre des objectifs remarquables, y compris durant les années passées au Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux. Je crois que nous avons encore en mémoire les paroles et les images de sa visite historique en Arabie Saoudite. Je fais référence à cet évènement, non seulement parce qu’il est proche de nous dans le temps, mais aussi parce que j’estime qu’il peut être considéré comme un testament éloquent de la longue, laborieuse et féconde activité diplomatique du Cardinal Tauran. Dans des événements comme ceux-ci, on pouvait réellement saisir en lui le cœur du bon pasteur, qui s’intéresse aussi aux brebis qui n’appartiennent pas encore à son troupeau !

Je voudrais maintenant dire une parole sur l’épreuve de la maladie, qui a marqué profondément une grande partie de son existence. Je peux témoigner que, dès l’apparition des premiers symptômes dans les années quatre-vingt-dix, il a accueilli la maladie avec sérénité et il s’est abandonné totalement à la volonté de Dieu. Dans la confiance, à l’heure de l’épreuve, il a pu redire, au secret de son cœur, ces paroles du psalmiste : « le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. […] Je ne crains aucun mal car tu es avec moi […] » (Cf. Ps 22). Le Cardinal Tauran n’a jamais fait un mystère de sa maladie, et il ne s’est pas non plus laissé conditionner par la réalité de ce mal subi. Dans les derniers temps, les limites physiques s’imposaient à lui et elles continuaient à s’accentuer inexorablement, en lui causant des douleurs et des souffrances, mais ces difficultés ne lui ont jamais fait perdre la sérénité et la paix. Au contraire, parfois il réussissait à dédramatiser des situations, qui pouvaient apparaître embarrassantes, avec quelque anecdote amusante et son sens naturel de l’humour. Saint Paul, dans le passage de la Lettre aux Romains que nous avons écouté, nous rappelle quel doit être le sens chrétien de la souffrance et de la douleur : « J’estime, en effet, qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous. […] [La création] a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu » (Rm, 8, 18 ; 20b-21). Le Cardinal Tauran était bien conscient de la détérioration de son état de santé physique, mais il était aussi habité par cette conviction de foi, qu’à la fin de chaque existence, il y a la vie éternelle. Sans beaucoup de paroles, mais par sa manière d’affronter quotidiennement la maladie, et avec celle-ci les douleurs et les souffrances qui en résultaient, il nous a laissé un exemple inoubliable.

Chers amis, j’ai voulu retracer avec vous, même brièvement, l’existence d’une personne si chère à nos cœurs, en mettant en lumière seulement quelques-uns des nombreux aspects caractéristiques de sa personnalité. Car je reste convaincu que le meilleur moyen pour se souvenir des personnes qui nous sont chères et qui sont passées de ce monde à Dieu, c’est de chercher à imiter les exemples et les témoignages de vie qu’elles nous ont laissés. Et le Cardinal Jean-Louis nous en a tant laissés ! Maintenant, la foi nous conduit à croire que du Ciel, il pourra intercéder pour nous et se faire notre compagnon de voyage, au long du chemin qu’il nous reste à parcourir.

 

Je vous invite à poursuivre la célébration de l’Eucharistie, en confiant à l’infinie miséricorde du Père et à l’intercession maternelle de Marie, Mère de l’Église et Reine des Apôtres, notre bien-aimé Cardinal, afin qu’il puisse jouir en plénitude de la joie du Paradis. Ainsi soit-il !

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