Homélie du 23.09.2018‎

Si nous avons proposé aux enfants d’aller à l’oratoire, ce n’est pas pour qu’ils n’entendent pas cette parole ‎‎« quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille ». Cela qui pourrait, ‎si c’était mal compris, endommager l’autorité des parents, mais ce n’est pas pour cela, puisqu’ils ‎entendront cet Evangile, c’est parce qu’il y a différentes clefs de compréhension de la parole de Dieu et ‎que, selon les âges, nous n’utilisons pas les mêmes. Peut-être, en particulier ce matin.‎

En effet, dans chaque lecture ce sont deux voies qui sont posées devant nous :‎
‎-‎ Ceux qui méditent le mal, qui tendent des pièges nous dit le livre de la sagesse et les justes fils de ‎Dieu
‎-‎ Celui qui n’a pas souci de Dieu dans le psaume et celui qui crie vers Lui.‎
‎-‎ Dans la lettre de Jacques c’est encore plus clair ‎
‎-‎ Et enfin dans l’Evangile, où, visiblement, la voie dont rêvent les disciples, n’est pas celle que leur ‎propose le Maître.‎
En réalité, les enfants imaginent souvent que la frontière entre ces voies passent entre les bons et les ‎méchants, l’adulte sait, parce qu’il en a fait l’expérience dans sa chair que cette frontière passe en lui-‎même, et que de choisir la bonne voie, en reprenant la lettre de Jacques, qui est sans hypocrisie, féconde ‎en bons fruits, pleine de miséricorde, pure, bienveillante. Choisir cette voie est un combat, d’abord ‎intérieur.‎
Heureusement le Seigneur nous accompagne dans ce combat et dans l’Evangile de ce matin il nous dit ‎même comment le mener en marchant à sa suite.‎

C’est précisément ce que les apôtres ne comprennent pas, qu’ils ne peuvent pas comprendre parce qu’ils ‎n’ont pas encore changé de regard. ‎
Ils savent maintenant qu’il est le messie, Ils s’attendent à ce qu’il devienne un roi de gloire, le Fils de ‎l’homme qui doit prendre la tête de toute l’humanité comme l’annonce le prophète Daniel.‎
Et voici que Jésus leur dit qu’il va être livré, qu’il va souffrir, qu’il va être tué, pour eux c’est impossible et ‎on les comprend.‎
‎ Mais le seigneur qui nous connait et qui nous aime ne nous aurait pas beaucoup aidé à vaincre le mal s’il ‎ne l’avait fait avec des moyens que nous ne pouvons employer. Là est la clef, face aux deux voies qui ‎s’ouvrent dans le cœur de l’homme, Jésus ne nous montre pas du but du doigt celle qu’il faut prendre, il la ‎prend pour nous ouvrir la voie, comme premier de cordée, il est le chemin et il s’abaisse pour que nous ne ‎croyons jamais assez bas pour ne pas le prendre. ‎
Cela, ceux qui ont souffert, qui sont tombés, qui ont été écrasés ou humilié le comprennent mieux que les ‎autres. Le Christ, le roi de gloire n’est pas venu appeler les biens portants, les forts, les puissants : la voie ‎qu’il propose est donc à notre portée !‎

Et c’est parce qu’il veut que les apôtres fassent le bon chemin qu’au lieu de se fâcher de leur débat pour ‎savoir « qui est le plus grand », alors qu’ils sont dans les rivalités dont parle St Jacques, il accueille leur ‎désir de grandeur et le renverse, ‎
Vous voulez être le premier… soyez le dernier, prenez la place du petit, de l’humble tel est le chemin !‎

Cela doit interroger notre vision de la réussite, ‎
du succès de nos relations, de nos réseaux, de notre importance, de notre place dans ce monde, de ce qui ‎nous rend fier et de nos projets. ‎
Il en va du sens de toute notre existence. ‎
Le disciple n’est pas un écureuil qui fait des réserves frénétiquement de nombreuses choses puis qui oublie ‎leur emplacement au point que cela ne lui sert plus à rien.‎
Le disciple place ses biens ceux qui ont vraiment de la valeur, avec sagesses.‎
Pour leur donner la bonne échelle de valeur, Jésus présente un enfant, au milieu des disciples, met la ‎petitesse devant leurs yeux et leur dit, qu’accueillir cet enfant en son nom c’est l’accueillir lui et celui qui ‎l’envoie. Nos trésors sont ceux que possède déjà un enfant. C’est à notre portée !‎

Peut-être qu’en plus d’accueillir la petitesse en son nom, nous pouvons enfin essayer d’être nous-même cet ‎enfant. Georges Bernanos écrivait à propos de ces personnes vivant de l’esprit d’enfance « qui ne sont pas ‎sortis de l’enfance, mais qui l’ont peu à peu agrandis à la mesure de leur destin. »‎
Nous-mêmes, avons-nous agrandis notre enfance à la mesure de ce que nous sommes aujourd’hui ou bien ‎l’avons-nous laissé derrière nous?‎

L’esprit d’enfance dont la caractéristique est joie, la capacité à se savoir faible, la profondeur, la pureté.
Ces attitudes luttent contre le mal non pas avec force, mais par contraste, comme la lumière avec la ‎ténèbres, et font disparaître le mal. Permettez-moi une comparaison triviale, j’ai l’air jeune, mais j’ai ‎quand même utilisé un Minitel, ce réseau a disparu, un jour sans bruit, non pas parce qu’après des ‎semaines de débat à l’assemblée un groupe a gagné mais parce que personne ne l’utilisait plus. Ainsi est le ‎simple devant le mal : il le désarme.‎

Cette enfance n’a rien a voir avec l’âge. ‎
C’est l’esprit de celui qui sait que ce qu’il possède ne lui appartient pas vraiment ‎
que tout ce qu’il a, lui a été donné, que chaque qualité est un don.
Et quand l’adulte compte sur ses forces, ‎l’enfant se remet dans la main de ses parents et dans la main de Dieu.‎
Cette petitesse nous est offerte comme chemin de vie, ‎une promesse qui veut faire de nous les premiers mais d’un autre ordre !‎
et la bonne nouvelle ‎: c’est que le Seigneur l’a mise à la portée de chacun de nous.‎

P. Charles-Marie Rigail

© 2017 Saint Louis des Français | Made by Adri & Popo