Homélie de Pentecôte 2019

«Alors ils furent remplis de l’Esprit Saint: ils se mirent à parler en d’autres langues et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.»
Baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, nous sommes chrétiens… Mais quel est, au fond, l’esprit du christianisme? il me semble que l’esprit du christianisme n’est pas à rechercher ailleurs que dans la parole vécue en vérité, dans la fidélité à la Tradition, littéralement ce qui est transmis. Il y a donc une façon de vivre en chrétien le christianisme: c’est de marcher sous l’impulsion de l’Esprit Saint.
«L’Esprit vit de la parole vécue lui qui est vie de la parole» (Ratzinger). L’Esprit Saint habite la Parole. La parole est le lieu de l’Esprit. Et c’est Jésus, le Verbe fait chair qui est la source de l’Esprit répandu sur les disciples réunis, comme nous venons de l’entendre dans l’évangile de saint Jean. L’ES est le souffle du Fils et on le reçoit en s’approchant du Fils, comme à portée de souffle et en se laissant insuffler par Jésus, en se laissant renouveler dans l’Esprit (Jn 20,19-23). L’Esprit Saint demeure dans la parole de Jésus et l’on obtient pas la parole par des discours, mais par la constance, par la vie.
Aussi, plus nous désirons former une intimité au plus intérieur de nous-même avec Jésus, plus nous entrons réellement dans l’Esprit et plus l’Esprit pénètre en nous. Il y a une véritable unité. Il n’y a pas le Christ puis l’Esprit. La Trinité est Une et elle agit tout entière. Il y a l’Esprit au moment de la conception du Seigneur, que Marie accueille comme le don de la vie en rendant grâce à la paternité divine; il y a l’Esprit au Baptême du Seigneur, qui est l’onction qui le consacre comme le Christ, l’Envoyé du Père. Il y l’Esprit qui reconduit Jésus vers la Galilée après les épreuves du désert, comme détermination à demeurer dans la volonté du Père. Il y a l’Esprit à chaque moment de la vie du Christ, dans chaque guérison… Et lorsqu’il monte au Ciel, assis à la droite du Père, le Christ continue d’agir dans l’Esprit qui alors lui succède comme assurance de sa Présence toujours actuelle. C’est le temps de l’Église et des sacrements qui manifestent cette vitalité divine (CEC 739)
«Recevez l’Esprit Saint» dit le Seigneur en soufflant sur ces disciples. Si Jésus leur donne son Esprit, au soir de la résurrection dans l’Évangile de saint Jean, c’est pour en faire des créatures renouvelées, hommes nouveaux, capables de remplir la mission qui leur est confiée: porter aux hommes la vie même que lui le Fils a reçu du Père, pour manifester cet amour de proximité, de réciprocité, pour que nous soyons dignes enfin de paraître devant notre Créateur. Désormais le crucifié ressuscité, grâce à son existence dans l’Esprit, peut agir dans les siens.
Le but de l’incarnation n’a pas d’autres finalité que de nous communiquer l’Esprit de vie… Et c’est bien cela qui rend témoignage à la gloire du Père. Notre humanité reçoit le don de l’Esprit pour qu’il reforme en elle l’image de Dieu déformée par le péché des origines et être réellement adaptée à vivre dans cette famille divine. Comme le Christ est l’image du Père, ainsi l’Esprit est l’image par laquelle on possède tout entier le Fils.
Nous sommes chrétiens dans la mesure où nous sommes rendus participants à l’Onction de Jésus qui en fait le Christ, c’est-à-dire par le baptême de l’eau, dans l’ES qui fait de nous des chrétiens.
L’ES nous communique par ses dons ce qui est l’être même du Fils de Dieu: Sagesse, intelligence, science, conseil, piété, force et crainte filiale de Dieu. Les dons du SE rendent plus profonde et féconde notre intelligence de la Révélation, plus parfaite notre foi (cf. DV5). Et il faut bien comprendre: ce qui est «perfectionné», ce n’est pas la vertu de foi elle-même, mais la façon dont nous la mettons en œuvre. Par les dons du SE, Dieu nous aide pour nous rendre présent à Sa Présence dans la foi. Et cette foi se manifeste par la charité d’amour vécue dans l’espérance, comme le Christ a vécu son existence d’homme parmi nous.
Nous sommes ainsi rendus plus dociles à la volonté du Père, et cela de manière habituelle, par grâce: parce que le Christ habite en nous, et que cette présence au plus intime de nous soutient notre sensibilité, notre intelligence, notre volonté, pour avancer en confiance, malgré l’obscurité que produit en nous la claire lumière de son Amour. Habituelle encore, parce que nous sommes revêtus des habits de l’homme nouveau. Nous voilà collaborateurs de Dieu, envoyés chacun pour notre part dans la Vigne du Seigneur, ce jardin où Dieu attend que nous lui donnions sa vraie place.
Les dons du SE qui nous conforment toujours plus au Christ sont donc comme des aptitudes à recevoir en nos cœurs les influences de Dieu. Les auteurs anciens les comparaient aux voiles d’un navire. Ce ne sont pas les voiles qui font avancer le navire, c’est le vent dans les voiles. De même, ce ne sont pas les dons que nous recevons qui nous conduisent, nous éclairent au plus profond de notre conscience, mais bien l’Esprit Saint agissant par eux. Nous n’allons pas à Dieu autrement que par Dieu manifesté dans le Fils et toujours présent par l’Esprit. Cela ne signifie pas que nous n’avons rien à faire: il nous appartient bien de hisser les voiles, c’est-à-dire de développer en nous les dispositions nécessaires pour accueillir ce souffle divin.
En allant me promener du côté du jardin botanique, au fond du parc Borghese, j’y ai vu des Hibiscus. La particularité de cette plante c’est que ses fleurs ne durent qu’une journée. Sur une tige unique, elle donne une fleur nouvelle chaque jour. Nouvelle mais pas différente. Chaque fleur, par son langage, exprime à sa façon la beauté de la plante. La Pentecôte est cette tige unique sur laquelle pousse à chaque génération pour notre Église une fleur nouvelle. Comme il n’y a qu’une seule Pâque et un seul Seigneur par qui nous est donné la sève de vie, la Pentecôte, don de l’Esprit Saint aux croyants, réalise au présent, actuellement, ce don de la vie. Parce que nous sommes reliés à cette tige unique, nous sommes toujours capables d’exprimer sa vie, à notre manière. L’Esprit Saint est l’âme de l’Église, sa vie, son souffle, il est aussi l’artisan de notre sanctification, celui qui nous fait écrier vers Dieu: Abba, Père (Rm 8,15) en nous faisant prendre conscience que nous sommes ses enfants bien-aimés. Notre mission est bien de semer et non de faire germer. L’Esprit Saint nous précède dans la mission vers le monde, ce jardin où Dieu, si présent à sa Création, ne désespère jamais de voir toujours fleurir de nouvelles fleurs plus belles les unes que les autres.
Puisse alors le Seigneur accorder à chacun, pour le bien de son Église, la joie d’être renouvelés encore aujourd’hui dans les dons de son Esprit, pour que s’exprime dans le jardin du monde qui nous est confié, la beauté et la vérité. Amen.

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