Rome, Saint-Louis des Français, Dimanche 1er avril 2018
Dimanche de Pâques, messe du jour. Homélie de Mgr Bousquet
Textes : Ac 10, 34a.37-43 ; 1 Co 5, 6b-8 ; Jn 20, 1-9

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Chacun des trois textes de la Parole de Dieu proclamés revient au centre de notre joie : Celui que l’on a fait mourir en le pendant au bois du supplice, voici que Dieu l’a ressuscité au troisième jour. La Résurrection du Seigneur, voilà bien le cœur de la foi chrétienne. Une fois de plus il nous faut réaliser ce qui se passe, et aussi ce que cela change, pour nous et pour tous les humains.
Je voudrais d’abord souligner trois événements, afin que la force de la Résurrection passe de Dieu à nous, les disciples du Christ : il se passe quelque chose de Dieu à Dieu ; mais ce qui se passe pour Jésus se passe aussi pour nous ; et alors tout en est changé.

Il se passe quelque chose de Dieu à Dieu, mais comme notre intelligence est lente, la liturgie le déploie pendant les cinquante jours du temps pascal, comme un prisme déploie en arc-en-ciel de couleurs une seule lumière intense.
Aujourd’hui nous fêtons et contemplons comment le Père ressuscite le Fils, en lui rendant l’Esprit, le Souffle que lui-même avait remis au Père en expirant.
A l’Ascension, nous fêterons comment le Fils est maintenant assis « à la droite » du Père, avec son humanité transfigurée, dans la gloire de Dieu.
Et à la Pentecôte, nous fêterons comment l’Esprit du Père et du Fils est envoyé pour que se poursuive de siècle en siècle la transfiguration du monde, jusqu’à la fin du temps qui en verra l’accomplissement ultime.

Mais ce qui se passe pour Jésus se passe aussi « pour nous ». Pierre et Jean l’ont bien compris, que l’évangile de Jean montre courant au tombeau. La fine pointe n’est pas pour eux que Jésus soit vivant dans le sein du Père, puisqu’il est mort comme le Juste par excellence. Mais c’est qu’il soit vivant avec son humanité, transfigurée, avec laquelle il se fait reconnaître. Nous avions pourtant eu une parabole pour nous l’expliquer. Les mauvais serviteurs du maître de la vigne ont battu les serviteurs qu’il leur avait envoyés, puis c’est son fils qu’il leur a envoyé, et ils l’ont tué. Comment devrait finir cette histoire ? Décidément il n’y a rien à faire avec cette humanité ! On efface tout et on recommence. Et bien, ce n’est pas ce qui se passe. Le Fils de Dieu, vivant à jamais, se fait reconnaître vivant avec son humanité.
Tout comme Jésus est mort en pardonnant, sa résurrection est le signe définitif du pardon de Dieu. Il ne tient pas seulement à nous jusqu’à son dernier souffle : il tient à nous, corps et âme, maintenant et toujours, jour après jour jusqu’à la vie éternelle. Ce qui se passe pour Jésus se passe aussi pour nous, parce qu’il fait corps avec notre humanité, et en nous pardonnant nous recrée sans cesse.

Et tout en est changé. Nous verrons encore davantage à l’Ascension et à la Pentecôte les dimensions de ce qui change, depuis le plus intime de chacun jusqu’au cosmos lui-même, en passant par l’histoire et le destin de nos sociétés. Mais dès à présent, nous savons qu’avec la résurrection, le monde a basculé. Le dessein de Dieu depuis l’origine est simple et grandiose à la fois : nous faire partager sa vie. Voici que cela commence avec le Christ ressuscité : nous ne pouvons plus imaginer Dieu, désormais, sans notre humanité en Lui, telle qu’elle a été assumée par le Seigneur Jésus. Nous ne pouvons plus séparer Dieu et l’Homme, qui s’en trouve renouvelé. Les cieux sont ouverts, mais la route qui y mène, ayant été empruntée victorieusement, est praticable.

Si nous avons bien compris tout ceci, alors nous pouvons intégrer dans notre quotidien ce qu’implique et apporte la Résurrection du Seigneur : la résurrection, c’est pour le temps et pour l’éternité ; la Résurrection c’est pour l’esprit, l’âme et le corps ; et la Résurrection cela commence maintenant.

La Résurrection, c’est pour le temps, et pour l’éternité. Nous aimons l’éternité : les parents dont les enfants sont baptisés, savent que la vie qu’ils ont transmise n’est pas que pour un temps, elle est pour toujours. Ceux qui s’efforcent humblement, jour après jour, de changer les choses, par le moindre geste d’amour, de partage et de don ; d’oubli de soi, de patience et d’accueil ; de sourire, de cœur ouvert et de main tendue, savent que cela n’est pas qu’un horizon mais que le Souffle leur en sera donné, inlassablement.

La Résurrection, c’est pour l’esprit, l’âme et le corps. C’est pour l’esprit, qui retrouve le sens des choses, intelligent, intelligible, au quotidien comme sur la longue durée, au lieu de s’engluer dans l’absurde. C’est pour l’âme, qui accueille comme grâce la mémoire et l’avenir. Ainsi ai-je vu à Chypre des fresques byzantines, où l’on voit Jésus ressuscité aller chercher au séjour des morts sa grand-mère Eve, et puis Adam, en les tirant par la main. La résurrection nous rejoint en rejaillissant aussi sur le passé. Et c’est pour nos corps, périssables, mais qui dans la gloire seront transfigurés, en gardant ce que fait le corps mortel : nous individualiser et nous relier.
Enfin, la Résurrection, cela commence maintenant, à chaque instant, avec la force qui nous est donnée par le Christ, par l’Esprit, par le Père, pour nous réveiller et nous relever, chacun et tous ensemble. Pour devenir à travers une Eglise active dans la charité un signe effectif d’espérance et de grâce pour le monde de ce temps. Gardons la paix du cœur, en restant confiants en l’avenir du monde, grâce à Dieu, avant de partager l’Eucharistie. Que la vie du Ressuscité soit notre joie, et que cette joie demeure.

Amen.

 

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