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Homélie du dimanche de la divine Miséricorde
8 avril 2018 – 10h30 à Saint Louis des Français, Rome
Père Guillaume Seguin

Frères et Sœurs,

En ce dimanche de la divine Miséricorde nous achevons l’octave pascale, qui nous a conduit chaque jour de cette semaine à fêter Pâques comme si c’était dimanche. « Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie, Alleluia ! » : « La fête des fêtes » dit Saint Augustin ; celle sur laquelle repose la foi du chrétien, dans le Crucifié ressuscité. Cette foi serait vaine si le Seigneur n’était pas ressuscité, et n’avait pas, par là même bouleverser le court de l’histoire de l’humanité. Nous en sommes les héritiers, les bénéficiaires et désormais les apôtres.
– Héritier par la Parole reçue et donnée qui nourrit notre foi.
– Bénéficiaires par la Miséricorde accordée et la grâce sanctifiante, en particulier dans les sacrements.
– Apôtres par la responsabilité d’en vivre et d’en témoigner.

Héritiers
Prenons conscience frères et Sœurs que nous sommes des héritiers de la foi qui nous a été transmise par les générations précédentes. Ainsi depuis le Cénacle, par vagues successives l’incrédulité de Thomas a été combattue par la confiance des croyants qui nous permettent aujourd’hui de dire : « je crois », et « Amen ». Cette foi n’est pas la nôtre, au sens personnelle comme individuelle, mais elle est personnelle au sens de la personne qui engage sa liberté et son choix en s’appuyant sur une communauté. Notre « JE crois » peut se traduire en « NOUS croyons ». Autrement dit comme pour Thomas, il nous est demandé de poser un choix et de décider si nous voulons oui ou non engager notre liberté à la suite du Christ qui se présente à nous dans sa Parole, dans l’Eglise et dans le frère. Ce choix n’est pas aveugle, ni obscure, ni irrationnel, au contraire il est éclairé par la communauté qui nous entoure et illuminé par la foi des nouveaux baptisés qui en ce jour fêtent leur première semaine de nouveaux nés dans les eaux du baptême reçu dans la nuit de Pâques ; c’est pourquoi Judicaël, notre néophyte, porte encore son vêtement blanc, pour nous manifester sa transformation et appeler la nôtre. Notre foi est également alimentée par la prière de l’Eglise qui célèbre dimanche après dimanche, la résurrection du Seigneur, d’où l’importance vitale de la pratique dominicale, comme enracinement dans la foi de la communauté des croyants qui s’assemblent et constituent l’Eglise, le Corps du Christ. Cette foi est également soutenue par l’enseignement de l’Eglise et son Magistère : quelle chance avons-nous que depuis tant de siècle l’Eglise s’intéresse à la vie de l’humanité sur tous les continents et cherche à joindre les exigences de l’Evangile avec la culture des hommes, ou à élever cette culture à la lumière de l’Evangile. Il nous suffit de regarder la ville de Rome pour en discerner la richesse inestimable dans l’architecture, la peinture, les sculptures, les reliques, les références historiques, et son caractère universel … En cette ville éternelle, chaque pavé (qui font le malheur des coureurs actuellement) porte l’histoire des hommes et de la foi … Alors à notre tour, devant les signes visibles qui nous sont donnés, comme ceux que le Christ offre à Saint Thomas, osons poser un acte de foi et crier avec cœur : Mon Seigneur et mon Dieu ! Devant tant d’évidences, notre intelligence peut poser un acte de confiance et s’incliner comme un assentiment rationnel devant la vérité qui se dévoile à elle. De la même manière que pour Thomas, le Christ qui est vérité et vie, se présente à nous sous d’autres signes, parfois encore plus visibles, de charité, d’espérance, d’héroïcité, pour que librement et profondément nous puissions croire et nous engager dans cette longue chaine d’héritiers. Au fond l’incrédulité de Thomas vient au secours de notre foi, pour nous montrer le chemin à emprunter, qui conduit à la vie et à la joie.

Cet héritage a pour sommet la Miséricorde du Seigneur qui se manifeste à la croix, et nous en sommes les bénéficiaires. C’est en montrant ses blessures dans ses mains et son côté que le Christ présente la source d’où jaillit la grande vague de miséricorde qui se déverse sur l’humanité et la sauve. En particulier du côté du Christ transpercé par la lance, d’où jaillit le sang et l’eau. Y sont évoqués autant le sacrifice par la croix et le don eucharistique qui renouvelle ce sacrifice dans chaque messe sur nos autels mais de façon non sanglante, et l’eau qui rappelle non seulement le baptême, mais également le don de l’Esprit Saint. Cette Miséricorde sera étendue par le Christ à toute l’humanité à travers l’envoie de l’Esprit. Dans le don de l’Esprit Saint le Christ va associer la capacité des apôtres à remettre les péchés, et donc à réconcilier le pécheur avec le Père. Sommet de la Miséricorde dont nous sommes tous bénéficiaires, si nous acceptons d’accueillir le don qui se présente à nous. Don de l’Esprit Saint, et don du Christ dans son Eucharistie, pour nous conduire au Père. Le propre de la Miséricorde est d’être une grâce gratuite, que nous ne méritons pas, mais qui nous est donnée malgré notre indignité. Un vrai bénéfice qui va nous transformer, si nous l’accueillons, et dont les premiers bénéficiaires montrés en exemples seront les saints que l’Eglise offre au monde pour indiquer le juste chemin qui conduit à la béatitude.
Cette Miséricorde elle-même remise au goût du jour à la demande de Sainte Faustine, et selon la décision de Saint Jean Paul II au moment du grand Jubilé de l’an 2000, en instituant ce dimanche spécialement dédié à la Miséricorde divine, pour illuminer disait-il les hommes du troisième millénaire. Miséricorde de nouveau évoquée et offerte avec générosité pendant l’année sainte spécialement consacré que le pape François avait décidé l’an dernier. Mais pour en vivre, il est malgré tout nécessaire que les hommes d’aujourd’hui accueille le Christ ressuscité dans leur vie, comme les apôtres dans le Cénacle. Le laissant nous montrer ses plaies, mais surtout se présenter, en nous donnant sa Paix ! Dans le souffle de son Esprit, nous recevrons non seulement la grâce du pardon, mais aussi celle de pouvoir pardonner et ainsi recréer les vrais liens de fraternité et d’unité. L’Eglise du Cénacle, et des Nations est le réceptacle de cette humanité réconciliée et unifiée. Fondé sur la Parole du Christ, répétée en chaque liturgie, l’amour fraternel rétabli dans chaque pardon accordée et reçu, et la célébration de l’Eucharistie comme source et sommet, nous sommes les plus gâtés de la terre ; les bénéficiaires d’un cadeau gracieux qui nous réclame la gratitude et cette possibilité à notre tour de rendre grâce ; ce que nous faisons en célébrant ensemble ce matin !

Des lèvres du Christ ressuscité, qui dans le Cénacle apporte la grande annonce de la Miséricorde et en confie le ministère aux apôtres, nous recevons à notre tour le devoir d’en témoigner et de le proclamer. Sans naïveté sur l’état du monde ou les blessures de l’humanité, même dans nos communautés, nous devons pouvoir témoigner de la force de la réconciliation que le Christ donne aujourd’hui aux apôtres et par eux confie à ses disciples pour la partager au monde. Sans être des modèles, ou des exemples, et en n’oubliant pas que nous sommes d’abord des bénéficiaires, nous acquérons malgré tout, la responsabilité de vivre de ce trésor offert et de le partager à tous ceux auprès desquels la vie nous envoie. Chacun ici est responsable selon son état et sa vocation, d’une part de l’annonce de l’évangile au monde. Les parents qui soutiennent la vie de leurs enfants, ou des grands parents qui transmettent l’héritage de la foi ; les fratries qui s’épaulent mutuellement, les frères et sœurs d’une communauté ecclésiale, les frères dans le sacerdoce, les évêques comme nos premiers pasteurs, et ces jeunes qui conduits par leurs ainés osent affermir leur foi sur les tombes des apôtres ici présents à Rome, Pierre et Paul. Ouvrons les yeux pour reconnaître l’apôtre qui nous est envoyé par Dieu pour nous transmettre sa paix et sa vie, et à notre tour devenons cet apôtre dont le monde a besoin sans aller chercher très loin. Pensez seulement dans cette journée à qui vous pourriez témoigner de la foi, qui habite en vous ! Rendez en compte sans vous lasser, et trouver la joie de ceux qui sont envoyés.

Contre l’incrédulité de Thomas, tandis que nous sommes des héritiers à travers les siècles passés, devenus bénéficiaires de la force de la foi dans le don de l’Esprit, nous assumons cette responsabilité de devenir les apôtres de la Miséricorde d’aujourd’hui pour demain. Alors à l’exemple de sainte Faustine avec force nous pouvons répéter sans nous lasser : « Jésus j’ai confiance en toi ! »

Le plus beau des modèles qui nous est donné est bien entendu la Vierge Marie !
Héritière de tout un peuple qui attendait le Messie, elle accueille gracieusement la grâce qui lui est faite d’être Immaculée et capable de répondre librement OUI à la proposition de devenir la Mère du Verbe. Alors recouverte de l’ombre de l’Esprit, Marie deviendra la Reine des apôtres, et celle qui même dans les pires moments de sa vie gardera une foi solide et droite, sans connaître la peur. Au Cénacle, Marie était la seule à accueillir immédiatement la grâce du Ressuscité et à vouloir très certainement le proclamer, ou l’annoncer. Elle le fera essentiellement en méditant tous ces événements dans son cœur de Mère et en enfantant l’Eglise qui aujourd’hui assume cette mission sur la terre.

Amen.

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