Rome. Saint-Louis-des-Français. Dimanche 29 octobre 2017.‎
‎30e Dimanche du Temps ordinaire. Homélie de Mgr Bousquet
Textes : Ex 22, 20-26 ; 1 Th 1, 5c-10 ; Mt 22, 34-40.‎

J’ai toujours été frappé de ce que l’Ancien Testament, le Premier Testament comme on dit ‎maintenant, développe ou invite à une attitude spirituelle qui est déjà en forme de croix, c’est-à-dire qui ‎nous la grandeur de Dieu, le Dieu unique, avec les bras ouverts de la croix, les bras qui s’ouvrent à ‎toute humanité. C’est le même Esprit de Dieu qui est à l’œuvre. Ce qui était attendu, espéré, mais pas ‎encore révélé dans son accomplissement, c’est jusqu’où pouvait aller Dieu le Très-haut pour descendre ‎nous rejoindre. Ce qui a eu lieu, et dépasse toute espérance, c’est l’incarnation du Verbe, l’humanité ‎assumée par Jésus Fils de Dieu. C’est en effet jusque-là inouï : un Dieu qui vient nous rejoindre là où ‎nous sommes, jusque dans la souffrance et dans la mort elle-même, Lui le vivant, pour nous donner son ‎Souffle, l’Esprit de vie qu’il partage avec son Père. Dans l’Ancien Testament, avant l’accomplissement ‎cela n’est pas encore perçu, mais pourtant il y a la même forme de croix, la croisée entre la verticale de ‎l’amour de Dieu et les bras ouverts de l’amour des humains.‎
‎ ‎ Dans le passage d’Exode 22 que nous avons entendu, nous lisions ce que l’on appelle le Code ‎de l’Alliance. Avec l’Alliance entre Dieu et son Peuple, l’Alliance qui nous sauve, il y a les ‎commandements de l’Alliance. Quand Dieu vient à nous, et nous libère, les bras doivent s’ouvrir. C’est ‎lié. Et cela engage le sens possible que peut prendre notre histoire : Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne ‎l’opprimeras pas, car vous étiez vous-mêmes des immigrés au pays d’Egypte. Vous n’accablerez pas la ‎veuve et l’orphelin. Suivent alors d’autres commandements de charité : tu ne prêteras pas de l’argent ‎comme un usurier, tu ne garderas pas le manteau que le pauvre t’a donné en gage quand il en a besoin ‎la nuit pour se couvrir. Et le texte finissait ainsi : s’il crie vers moi, je l’écouterai, car moi, je suis ‎compatissant ! ‎
Peut-être est-ce là-dessus qu’il nous faut réfléchir. Nous tous qui essayons de suivre le Christ, ‎nous sentons ces choses-là. Et le peuple chrétien demeure généreux. C’est quand il s’oublie qu’il rejette ‎l’immigré. Mais pourtant, insensiblement ce qui nous guette tous, c’est l’indifférence du monde ‎indifférent qui nous entoure. Et nous voilà en train de perdre la compassion du Père, pour utiliser le ‎nom que l’on donne aux tableaux anciens qui représentent le Christ mort, gisant sur les genoux de son ‎Père. La compassion, cette sensibilité à ce qu’endurent les autres, à leurs besoins, à leurs détresses, ‎tandis que pas grand-chose nous manque, à nous, sinon d’aimer et de partager la vie…‎
Du coup, il est tout-à-fait intéressant d’entendre saint Paul, dans le passage de la première lettre ‎aux Thessaloniciens qui était la seconde lecture. Avez-vous remarqué qu’après avoir fait l’éloge des ‎chrétiens du lieu, il fait un lien entre la qualité de l’accueil qu’ils lui ont fait et la conversion qui les a ‎détournés des idoles. Je lis : en effet les gens racontent à notre sujet l’accueil que nous avons reçu chez ‎vous ; ils disent comment vous vous êtes convertis à Dieu en vous détournant des idoles, afin de servir ‎le Dieu vivant et véritable, et afin d’attendre des cieux son Fils qu’il a ressuscité des morts, Jésus, qui ‎nous délivre de la colère qui vient. Etonnant Paul, qui d’une phrase nourrit notre existence chrétienne ‎par trois rappels : ‎
l’accueil est l’un des signes de notre conversion ; ‎
il nous fait échapper aux idoles d’or et d’argent qui empoisonnent le monde tout en ‎renforçant notre attente active de résurrection ; ‎
afin de nous tourner vers le Ressuscité qui nous délivre de la colère qui vient, c’est-à-‎dire d’un monde empesté par nos égoïsmes. ‎
C’est alors que la brève séquence d’évangile de ce jour, en saint Matthieu, redit ce que chaque ‎élément de la Parole n’a cessé de signifier, si nous voulons aller vers l’horizon ouvert par la Torah, la ‎Loi de Dieu : le premier commandement est fondamental : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton ‎cœur, de toute ton âme, de tout ton Esprit. Le second lui est semblable : tu aimeras ton prochain comme ‎toi-même. Et c’est tout ! De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. ‎
Toute l’histoire de l’Alliance que Dieu veut nouer avec nous trouve là son avenir : nous efforcer ‎de suivre cette voie d’un Amour conjoint : amour de Dieu, car il est Premier, et amour de nos frères, car ‎ils sont nous-mêmes. En y mettant tout notre cœur, c’est-à-dire toute la générosité dont nous sommes ‎capables, toute notre âme, c’est-à-dire toute notre manière d’habiter ce monde, et tout notre esprit, c’est-‎à-dire aussi toute notre intelligence. De tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit. ‎L’histoire de l’Alliance, l’Ecriture nous le raconte, n’est pas un long fleuve tranquille. Elle est plus ‎qu’un programme, elle est la garantie d’un avenir, qui ne sera pas voué à la destruction grise et rapide ‎que produisent tous les égoïsmes, mais un avenir qui sera plus libre, plus fort, plu à même de nous ‎apporter aussi la joie, à condition de n‘oublier ni Dieu ni les frères humains. Que le seigneur nous ait en ‎sa garde, et nous guide vers la vie éternelle. Amen

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