Rome, Saint-Louis des Français. Dimanche 26 avril 2020. 

3eDimanche de Pâques (A). Homélie de Mgr Bousquet.

Textes : Ac 2, 14. 22b-33 ; 1 P 1, 17-21 ; Lc 24, 13-35.

 

Frères, je ne vais pas me prendre pour Pierre, qui commence par dire : comprenez bien ce qui se passe aujourd’hui, écoutez bien ce que je vais vous dire. Mais je vais nous dire à tous, et moi avec : attention, il s’agit de Jésus, faisons bien attention, et comprenons, pour mieux croire encore. Le discours de Pierre aux habitants de Jérusalem le jour de la Pentecôte, tel que rapporté par saint Luc, les percute : allons-nous être capables d’en mémoriser les éléments.

  1. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité. Oui, il est vivant au-delà de la mort, vivant à jamais, et faisant ainsi de nous ses contemporains.
  2. Nous tous, nous en sommes témoins: pas seulement la génération apostolique, qui a connu Jésus dans les jours de sa chair, puis l’a vu crucifié et enseveli ; puis atteste de sa résurrection ; mais nous aussi, appartenant aux générations suivantes, qui attestons de sa puissance résurrective, de sa capacité de nous relever sans cesse, de nous rendre à la vie, aux travers des épreuves, et malgré nos péchés ; et c’est à nous tous, quelle que soit la part de chacun, qu’il revient d’être témoins.
  3. Elevé dans la gloire par la puissance de Dieu: sa croix l’introduit dans la gloire de Dieu ; et nous saurons reconnaître, croyants, dans l’homme défiguré la transfiguration qu’apporte l’amour, qu’il s’agisse de ceux qui traversent l’épreuve et demeurent pourtant dans la charité au sein de leurs souffrances, ou qu’il s’agisse de ceux qui y prennent part pour transfigurer ce qui est défiguré.
  4. Il a reçu de son Père l’Esprit-Saint qui était promis: il y a en Dieu l’être Père et il y a l’être-Fils et il y a le Souffle, l’Esprit-Saint, la vie partagée du Père et du Fils, un seul Dieu, tout entier Don, Accueil et Partage.
  5. Et il l’a répandu sur nous: c’est ce que nous fêterons à la Pentecôte : mais c’est l’ultime de ce qui se passe : la vie de Dieu n’est pas seulement pour la fin, elle nous est donnée dès à présent comme un Souffle, le Souffle même de Dieu.
  6. C’est cela que vous voyez et vous entendez: je viens de le vivre cette semaine et veux vous en faire part. Ayant accompagné le Cardinal Tauran en Algérie pour célébrer la restauration de la Basilique de Saint Augustin à Hippone, Annaba, voilà qu’alors d’une semaine à l’autre, je suis passé d’une expérience d’Eglise avec des centaines de milliers de chrétiens en fête ici, à l’occasion de la canonisation de Jean XXIII et Jean-Paul II, à la rencontre de toutes petites communautés chrétiennes, infiniment minoritaires au sein d’une masse de croyants de tradition musulmane. Et je peux l’attester, c’est le même Souffle qui inspire et fait vivre dette poignée de chrétiens, et leur fait donner le témoignage de l’amour de Dieu pour tous.

 

Avec le Psaume 15 nous avons chanté : tu m’as montré, Seigneur, le chemin de la vie. Pierre encore, dans le passage de sa première épître qui a été lu, redit combien le Christ ressuscité donne à nos vies son vrai sens :

vous invoquez comme votre Père celui qui ne fait pas de différence entre les hommes, mais qui les juge chacun d’après ses actes (…)

ce qui vous a libérés de la vie sans but que vous meniez à la suite de vos pères, ce n’est pas l’or et l’argent, car ils seront détruits, c’est le sang précieux du Christ (…)

ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.

 

L’évangile enfin qui a été proclamé, le récit de la rencontre entre le Ressuscité et les disciples marchant vers Emmaüs, au chapitre 24 de Saint-Luc, nous est presque trop familier. Il n’est pas étonnant que la forme de ce récit ressemble à une Eucharistie : avant même la mise par écrit dans les quatre évangiles des traditions orales sur Jésus, c’est le repas du Seigneur qui donne forme à leur expérience continue du Ressuscité. On rêve, et pas seulement les biblistes, d’écouter le Seigneur ressuscité expliquer aux disciples dans toute l’Ecriture ce qui le concernait, comme dit le texte ! Mais c’est dans la fraction du pain et l’écoute de la Parole qui la précède que sera pour nous, fidèlement, patiemment, expliqué le bien-fondé de notre espérance. Il ne sera pas présent selon la chair à notre regard qui voudrait le retenir et le capter, surtout quand le soir baisse, mais autrement, et nos yeux s’ouvriront.

Nous aussi nous espérons la liberté, la justice, l’assemblée fraternelle des humains dans le Royaume. Et tout à l’heure, nous allons prier que le Règne vienne, et pour qu’il en soit sur la terre comme au ciel. Mais il nous faudra l’incorporer, dans l’intelligence et dans le cœur, et mettre en actes, avec tout nous-mêmes, exister dans ce que nous aurons compris. A savoir que la Pâque n’évite pas le dessaisissement de soi, le don de soi, la vie transmise jusqu’au prix de notre sang, ou tout simplement dans le témoignage quotidien. C’est cette déprise qui mène à la Vie éternelle reçue en promesse définitive, plus encore : reçue dès à présent avec sa Présence en nos cœurs et avec son Souffle qui nous fait revivre.

Puissions-nous, comme les disciples d’Emmaüs, retourner vite annoncer : c’est vrai le Seigneur est ressuscité !

Puissions-nous en communiant à son Corps même, repartir en nous disant les uns aux autres : notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Ecritures ?

Seigneur, continue aujourd’hui, jour après jour, de faire route avec nous, et donne-nous dès à présent part à ta Résurrection, pour le salut de ce monde, et la gloire de ton Règne !

Amen.

 

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