Rome, Saint-Louis des Français. Dimanche 22 mars 2020.  Quatrième  dimanche de Carême
Laetare.
(En période de confinement pour l’épidémie de coronavirus)

Textes : 1 Sam 16, 1b.6-7.10-13a ; Ep 5, 8-14 ; Jn 9, 1-41

Les textes proclamés aujourd’hui sont longs et riches. Alors, nous n’oublierons pas le récit étonnant de David recevant de Samuel l’onction royale, texte assez rustique (le roi est un garçon qui est parti garder le troupeau !), mais qui importe, pour nous souvenir, comme  il est écrit, que Dieu ne regarde pas comme les hommes. Car les hommes regardent l’apparence, mais  Dieu regarde le cœur. Première leçon : au lieu d’être aveuglés, et aveuglés par les apparences, commençons par nous entrainer à voir les choses comme Dieu.

L’insistance de Paul écrivant aux Ephésiens  est alors très instructive : frères, autrefois vous n’étiez que ténèbres ; maintenant dans le Seigneur vous êtes devenus lumière. Vivez comme des fils de lumière. Or la lumière produit tout ce qui est bonté, justice et vérité, et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur. 

Oui, réalisons l’éveil à la lumière, la résurrection que représente le Christ dans nos vies : c’est pourquoi, écrit Paul, l’on chante : ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera. Quand nous trouvons que le monde présent n’est que ténèbres, que le ciel est bas et l’horizon bien sombre, deuxième leçon : nous efforcer de vivre d’abord nous-mêmes en fils de lumière. La lumière qui produit la bonté, la justice, la charité. Sachons discerner ce qui plait à Dieu. Souvenons-nous des saints tout simples que nous avons pu croiser, et qui étaient lumineux : ils nous ont éclairé, ils nous ont réchauffé, ils nous ont donné envie de croire, c’est-à-dire de suivre ce Christ qui les illuminait et orientait leur vie.

A présent, écoutons mieux, pour prendre leur suite, le récit de la guérison de l’aveugle-né. Il n’y a pas besoin de raconter une autre histoire : le récit est assez vivant comme cela. Qu’est-ce qui se passe ?

Scène 1 : Jésus qui sort du Temple croise un aveugle de naissance. Les disciples ne voient pas, ne pensent pas à la souffrance de l’aveugle ; leur question est : c’est sa faute ou celle de ses parents ? A la première erreur : s’il est né comme cela, c’est qu’il est pécheur, lui ou ses parents, s’ajoute leur insensibilité à ses conditions de vie présentes. Réponse de Jésus : la nuit de la croix approche, les ténèbres de la souffrance et de la mort de l’innocent, mais tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. Non seulement l’aveugle va être guéri, mais les disciples vont voir autrement.

Scène 2 : Jésus guérit cet homme : il y a la terre, et il y a la salive, un peu de son corps, et il y a le geste. Les chrétiens, pour participer à la guérison de ce monde, mêleront les moyens de cette terre, la peine que prend leur corps, et le corps du Christ. Jésus envoie l’aveugle se laver. Le narrateur précise : le nom de Siloë signifie envoyé. A leur tour, ceux qui sont guéris sont envoyés.

Scène 3 : les gens sont surpris. La scène est superbe : il y a les voisins, et ceux qui sont habitués à le rencontrer parce qu’il était mendiant, forcément, cet aveugle-né. – C’est bien lui ! – Non, un qui lui ressemble ! – Non, c’est bien moi. – Mais alors comment tes yeux se sont ouverts ? Il raconte, mais il ne sait pas maintenant où est cet homme qui s’appelle Jésus. Ils constatent qu’ils voient, lui n’en sait pas plus…

Scène 4 : intervention de la Loi, représentée par des pharisiens. Jésus l’a guéri un jour de sabbat. Cette guérison ne peut pas venir de Dieu ! Mais si, mais non : s’il était pécheur, Dieu ne lui donnerait pas de guérir. Et toi tu dis quoi ? – c’est un prophète ! Les pharisiens ne voient rien d’autre que leur système, et cela les embarrasse et les divise. Lui, l’aveugle, a compris que la situation ressemble à ce qui arrivait aux prophètes. Il a vu un peu plus ce qu’il en est de Jésus, et commencé à voir ce qu’il faut comprendre de la situation.

Scène 5 : on fait venir les parents : véridiques, mais prudents. Ce qu’ils voient, c’est que cela peut leur attirer des ennuis. Alors ils se tiennent à la lisière et se défaussent sur leur fils : il est assez grand pour s’expliquer. Ils ne verront rien de plus, ni sur Jésus, ni sur une vie qui aurait chassé la peur.

Scène 6 : ce n’est pas le cas de l’aveugle guéri, que les pharisiens font revenir : malin, il les provoque : il a vu où le bât blesse : il s’agit pour les pharisiens que Jésus n’ait pas de disciples. Ils ne voient que cela, mais l’aveugle les voit bien, eux, et voit les ténèbres où ils s’enfoncent, qui ne lui font pas peur puisqu’il les traite par l’ironie. Il se fait mettre dehors.

Scène 7 et dernière : Jésus qui apprend son expulsion vient le trouver. Dialogue très simple, et très fort : cette fois l’aveugle est vraiment guéri : il ne fait pas que voir, il va entrer dans la reconnaissance. Remarquez bien les motifs de cette reconnaissance : Et qui est-il, pour que je croie en Lui ? Jésus lui dit : tu le vois, et c’est lui qui te parle. 

Mais comment cela se passe-t-il pour notre foi à nous ? Nous voyons, et il nous parle. Nous voyons avec évidence ce que changent la bonté, la justice et la vérité, et que cette lumière est produite parce qu’il y a Celui qui nous parle, ce Jésus. Un homme oui ; un prophète, oui ; mais bien plus, le Sauveur du monde. 

Restons sur la parole énigmatique de Jésus : je suis venu en ce monde pour une remise en question. Profondément, laissons la question que Dieu nous pose, double, nous travailler : qui dis-tu que Je Suis ? et : où est ton frère ? Cela nous mènera loin, si vraiment il est venu pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. 

Nous ne nous réjouirons pas que ceux qui ne voient que l’argent, le pouvoir, l’apparence ou leur égo, soient aveugles à ce qui est vraiment beau, juste et bon. Mais malheureusement la traversée des apparences fait voir aussi leur aveuglement. 

Nous nous réjouirons en revanche parce que ceux qui ne voient pas, ceux que leur détresse empêche de voir le bout du tunnel, peuvent enfin voir la lumière, avec le jour qui se lève. 

Nous serons guidés par ce Seigneur qu’on ne voit plus selon la chair, mais dont la Résurrection par ses effets nous rend sensible la présence, et cela jusque sous l’humble signe du pain et du vin qui deviennent son corps et son sang, pour la vie du monde. 

Guéris-nous Seigneur de nos aveuglements de naissance, et donne-nous de témoigner de Toi et de l’Esprit de Lumière. 

Amen.

 

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