Rome, Saint-Louis-des-Français. Dimanche 15 décembre 2019. 

3e Dimanche de l’Avent  (Gaudete). Homélie de Mgr Bousquet. 

Textes : Is 35, 1. 6-10 ; Jc 5, 7-10 ; Mt 11, 2-11

L’introït, le verset d’entrée de cette messe du 3e dimanche de l’Avent, clame, proclame : soyez dans la joie du Seigneur, soyez toujours dans la joie, le Seigneur est proche. C’est ce qui a fait appeler ce dimanche, le dimanche de Gaudete, le dimanche du « Réjouissez-vous ». C’est une reprise de souffle. L’effort de conversion ne doit pas ralentir : le but est proche. Il ne faudrait pas que notre sprint soit celui de la course aux cadeaux et de l’affairement général qui s’accentue les deniers jours avant Noël. La Parole de Dieu au contraire nous invite à nous désencombrer de ce qui n’est pas essentiel. A retrouver une joie authentique en redevenant conscients de son motif profond. Le verset d’entrée le donnait : le Seigneur est proche…  Faisons nôtres les dispositions du cœur que souhaitaient pour nous les deux premières lectures : courage, et patience.

Le courage d’abord, avec l’oracle d’Isaïe que nous avons entendu. L’espérance du salut doit se faire attente active. On ne va tout de même pas se laisser aller à la morosité ambiante, à la sinistrose qu’inspirent un regard désabusé sur la réalité ou le catastrophisme de certains médias. Quel contraste avec les paroles du prophète qui appelle à la joie. La question pour nous devient : comment allons-nous habiter nos paroles d’espérance et de joie, en faisant qu’elles s’inscrivent réellement dans ce que nous vivons. La Parole de Dieu est efficace quand non seulement elle passe par notre cœur, mais aussi par nos bras et par nos mains. On ne peut pas proclamer : On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. (…) Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent. Le pays aride, qu’il exalte et fleurisse, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie, sans être impliqués dans ce que nous disons. 

Le désert, nous y sommes tous les jours : ces visages sans joie croisés dans la ville, ce silence résigné de celles et ceux qui n’ont plus d’espoir, ou encore la détresse sèche des « sans »: sans domicile, sans famille, sans travail, sans papiers, sans avenir positif envisageable… Je correspondais ces jours-ci avec un ami chômeur, quel ravage sur le moral et même la santé, quand toutes les perspectives se bouchent ! En fait de désert il y a aussi ces plaines caillouteuses et sans ombre des vies qui se pensent inutiles. 

Comment allons-nous leur annoncer la joie, faire que des pousses reverdissent et qu’un nouveau fleurissement soit possible ? L’exigence pour nous est dite au cœur du texte : Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genous qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : Prenez courage, ne craignez pas. Oui, surtout ne craignez pas, n’ayez pas peur, en particulier peur les uns des autres, restant méfiants, alors qu’il faudrait se parler, risquer, au lieu de tout bloquer. L’espérance c’est le courage de l’avenir. Et le courage aussi cela se partage. Par l’exemple et par l’entraide…

Courage, nous dit Isaïe. Patience, nous dit saint Jacques. C’est sobre : Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur :il attend les fruits précieux de la terre avec patience,jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive.Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme, car la venue du Seigneur est proche. Toute femme, comme Marie qui va enfanter, sait cela : il faut laisser le temps au temps. Et que l’enfant ne soit ni prématuré ni tardif. Dans la construction, qui relève de la mécanique, on peut jouer avec le temps, mais de toute façon il faut faire attention. En revanche, dans tout ce qui relève du vivant, et aussi dans la vie spirituelle, la patience, qui sait et qui a confiance, donne au temps d’accomplir sa fécondité. 

Saint Jacques ajoute deux choses : arrêtez de vous impatienter contre les autres, et aussi : apprenez l’endurance. Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, ainsi vous ne serez pas jugés.Voyez : le Juge est à notre porte. Manière de dire : il n’y a pas de proportion entre vos jugements sur la situation, et ce que le Sauveur va en faire en s’y révélant. Voilà pourquoi aussi les prophètes, qui avaient rendez-vous avec le temps, étaient endurants et patients. C’était la Parole de Dieu leur sécurité, une Promesse en train de s’accomplir. Prenez pour modèles d’endurance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur.

Dans la brève séquence de l’évangile selon saint Matthieu que nous avons entendue, la réponse que Jésus fait aux disciples du Précurseur, de Jean-Baptiste, remarquons trois points. 

Le premier : plus grand que Jean-Baptiste, il n’y en a pas eu, dit Jésus. Mais nous, nous le sentons proches de nous parce qu’il pose la question tant qu’il y a un doute : devons-nous en attendre un autre ? Il veut être sûr. Et nous aussi dans la foi.

Second point : lees signes concrets du Royaume sont toujours les mêmes pour nous aujourd’hui :Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent,les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Je me souviens de mon émotion en Haïti, chez les Sœurs de Mère Teresa à Jacmel, en voyant comment elles premaient soin amoureusement d’enfants difformes, abandonnés, laissés pour compte. A en pleurer : oui le Royaume, là est proche. 

Troisième point : Jésus ajoute : heureux celui pour qui je ne serai pas occasion de chute ! Que veut-il dire ? J’ai envie de  traduire un peu brutalement : heureux celui qui trouvera sa joie ainsi, humblement, au lieu de la chercher dans le fric et la frime.

 Frères et sœurs, réjouissons-nous : le Seigneur est proche. Et déjà, ce matin encore une fois, et jusqu’à la fin des temps, il nous invite à sa table, au banquet du salut ouvert à tous. Un salut qui est irréversible, et dont la certitude est fondée dès le début sur  sa naissance au milieu des hommes, pour assumer nos joies et nos souffrances jusqu’à l’Eternel.

 Amen.

© 2017 Saint Louis des Français | Made by Adri & Popo