Rome, Saint-Louis des Français. Samedi 2 novembre 2019. 

Commémoraison de tous les fidèles défunts. Homélie de Mgr Bousquet. 

Textes : Sg 3, 1-6.9 ; 1 Co 15, 51-57 ; Mt 25, 31-46. 

Frères et soeurs, hier, en fêtant la Toussaint, nous avons fêté tous les saints, innombrables, de nos familles et de l’histoire des hommes, et c’est vers le ciel, le paradis de Dieu que nous avons regardé. Aujourd’hui, en faisant mémoire de tous les fidèles défunts, ce n’est pas en arrière que nous regardons, mais de nouveau en avant. Car la mémoire que nous faisons de ceux qui nous ont précédé, est lié à ce qui se passe dans les sacrements, qui nous font rencontrer le Seigneur Jésus- Christ au présent, maintenant. Ainsi liée au mémorial du Seigneur, cette commémoraison signifie la solidarité des morts et des vivants, combien nous attachés à ce qu’ils ont été et ce qu’ils sont maintenant, car nos destins sont liés. Par ailleurs en célébrant cette mémoire cette notre propre humanité que nous accomplissons. Sans elle, qui est aussi une mémoire d’avenir, notre humanité serait tronquée ou amputée. Les trois lectures de la Parole de Dieu dans l’Ecriture, qui nous sont proposées aujourd’hui, nous aident à placer comme il faut notreacte de mémoire et de célébration. 

Le livre de la Sagesse commence par nous rappeler que nous sommes créés pour la vie éternelle, pas moins, et que notre vie est dans la main de Dieu. Je lis : Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable (…) la vie des justes est dans la main de Dieu. En deux constats, en deux certitudes de foi, voilà notre espérance enracinée. 

Premier constat : nous sommes créés pour la Vie éternelle. L’homme n’est pas un « être pour la mort », contre le philosophe Heidegger. Plus prosaïquement : nous ne naissons pas du hasard de la rencontre de deux cellules, pour vivre de peine et de misère, et finir dans le trou. Au contraire, nous sommes connus et aimés de Dieu dès avant notre naissance, chacun par notre nom unique. Il y a dans nos vies plus que nos vies, quelque chose qui est sacré, une dignité qui ne peut se perdre ; et une vocation à accomplir au travers même de l’aléatoire, du non-choisi et des difficultés. Car, heureusement, Dieu ne nous donne pas « les noix déjà toutes cassées » comme dit le proverbe. D’où l’importance de l’éducation, de la liberté créatrice et de l’entraide ou de la solidarité. Mais en tout cas, croyants, nous savons que l’être humain ne va pas de la vie à la mort, mais de la mort à la vie. 

Deuxième constat ou certitude de foi, la Sagesse nous dit : la vie des justes est dans la main de Dieu, aucun tourment n’a de prise sur eux. Oui, nous souffrons, comme le Christ l’a assumé lui-même ; il n’est pas vrai que rien ne fait de mal à celui qui croit que tout s’arrange à la fin. Mais pourtant tombent nos peurs, quand bien même notre corps éprouve la peur physique et notre âme 

l’angoisse, comme à Gethsémani. Parce que le dernier mot n’est pas aux tourments, quand nous sommes accrochés au Christ, à la Vie éternelle, qui nous est promise avec Lui. 

Il nous faudrait relire aussi le livre de Job. La grande « théophanie », au milieu, quand Dieu se manifeste dans sa grandeur, n’a pas lieu pour dire à Job : moi je suis Dieu, et tu n’as qu’à te taire. Mais au contraire : Job, regarde, pas plus que tu ne maitrises ton origine, tu ne dois désespérer de ta fin. 

Il nous faut retenir du texte de Paul que nous avons entendu en deuxième lecture, non pas une sorte de film à grand spectacle, car toute image ou représentation du passage à la vie éternelle est forcément inadéquate, mais d’abord l’assurance pour l’être périssable que nous sommes de revêtir ce qui est impérissable. Cela est un mystère, dit Paul. Le mot mystère est précis : il ne s’agit pas, comme dans le langage contemporain qui dévalue le mystère, de ce qui est incompréhensible, mais de toute réalité où Dieu prend part. Ce qui nous met sur la piste d’une meilleur intelligibilité de cette transformation pour nous.La victoire ne sera pas celle de la mort. Car le Seigneur a déjà fait le chemin en sens inverse, Il est venu à nous pour que nous puissions aller à Lui. En la personne de son Fils, Dieu et venu habiter notre condition mortelle : l’Infini s’est fait petit ; le Bienheureux a voulu être vulnérable, l’Eternel est entré dans le temps, le Vivant a traversé la mort. Faisant corps avec Lui comme le premier il a fait corps avec nous, nous accomplirons avec Lui notre pâque vers la vie qui n’a pas de fin. 

Alors nous a été proclamé Mt 25, l’évangile du jugement dernier. C’est notre paix, la joie définitive, qui est en train d’advenir. Ne doutons pas de sa réalité, cer il est d’abord question de faim, de soif, d’étranger, de dénuement, de prison. Le paradis est à nos portes, et nous ne le savions pas. Nous passions repus, satisfaits de nous, égoïstes et insensibles. Parfois, de manière fugitive, nous réalisons bien que c’est l’enfer, mais nous retournons bien vite à nos petites affaires et à nos divertissements. 

Vite! Quels malades irons-nous voir ? Quels prisonniers visiterons-nous ? Quel effort de partage allons-nous faire, à commencer par nous débarasser du superflu ? A quel accueil et à quelle disponibilité allons-nous nous convertir, avant qu’il ne soit trop tard ? Dieu est là tout proche, avec son visage toujours humain – et nous passons à côté. Chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait. C’est cela qui est écrit, et pas autre chose. Si nous essayions, ensemble, car ensemble on s’entraîne, d’écouter vraiment, et de le mettre en pratique, ne goûterions-nous pas déjà quelque chose de la Vie éternelle ? 

Amen. 

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