Rome Saint-Louis des Français. Dimanche 4 juin 2017.

Dimanche de Pentecôte. Homélie de Mgr Bousquet

Textes : Ac 2, 1-11 ; 1 Co 12, 3b-7.12-13 ; Jn 20, 19-23

 

Dimanche de Pentecôte ! Fête pour les chrétiens ! Oui, fête, comme Noël, comme Pâques… Nous fêtons Dieu, Dieu en lui-même, et Dieu tel qu’il s’est montré à nous.

Dieu, source et jaillissement sans fin d’éternelle bonté, créateur de la vie et de la vie éternelle.

Dieu, avec son visage humain qui est pour nous Parole, le Christ.

Dieu –et c’est ce que nous fêtons aujourd’hui- qui veut nous donner son Souffle, son Esprit-Saint, pour qu’advienne un monde nouveau jusqu’à la venue de son Règne définitif.

 

Voyez comme la liturgie est cohérente, de Noël à Pâques, et de Pâques à Pentecôte, pour nous faire vivre ce grand dessein qui est celui de Dieu, en venant partager notre vie, de nous faire partager la sienne. La liturgie est comme un prisme, qui diffracte à partir de la lumière toutes les couleurs de l’arc-en-ciel qu’elle recèle. Nous ne comprenons que peu à peu, et c’est pourquoi nous fêtons successivement l’unique mystère, la part que Dieu prend à la réalité de nos vies, et qui se déploie dans le temps, pour nous donner toujours plus à penser et à vivre.

Les trois fêtes : Pâques, Ascension, Pentecôte, sont liées, parce que Dieu, l’Unique, est Père, Fils, Esprit.

A Pâques nous fêtons le Père qui ressuscite le Fils, vivant sans fin de l’Esprit, mais avec son humanité, maintenant.

A l’Ascension, nous fêtons le Fils, assis avec son humanité dans la gloire de l’Esprit : il y a en Dieu, désormais, avec l’humanité du Christ, la nôtre, attendue et promise à transfiguration.

Et aujourd’hui, à la Pentecôte, nous fêtons l’Esprit du Père et du Fils, répandu sur toute humanité jusqu’à la fin des temps. La fête nous invite à prendre part à ce Souffle, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Comment cela ? Les textes du jour nous l’expliquent.

 

Laissons-nous porter par ces textes, frères et sœurs, pour mieux vivre de l’Esprit, qui veut inscrire dans notre chair et notre monde, comme il l’a inscrit dans les Saintes Ecritures, les traces et le mouvement de la Résurrection du Seigneur.

 

Avec le récit du livre des Actes, mettons-nous en route avec les mots mêmes du récit. Retenons plusieurs éléments, en pensant que c’est aujourd’hui que cela advient pour nous, parce que cette Eucharistie nous rend contemporains du Ressuscité :

un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent : oui, une Eglise qui ait du Souffle, des chrétiens qui sortent de leurs maisons et de leurs peurs ;

le feu qui rejoint chacun, et en se répartissant, se multiplie : oui, des chrétiens ardents, comme le langage dit bien, apôtres, désireux de voir se répandre ce feu de l’amour divin qui ressuscite les morts ;

la capacité de parler la langue des autres, oui, précisément pour les rejoindre, au lieu de les renfermer dans le cénacle de nos timidités, de nos craintes ;

et cette multitude, déconcertée et émerveillée à la fois.

 

Vent, feu, langage des autres, multitude : chrétiens, quel bonheur de partager cette espérance ainsi fondée : vivons ce grand coup de vent dans un monde morose, soyons ardents, rejoignons la multitude, en parlant sa langue, ce qui commence par le partage des soucis de tous.

 

C’est trop beau ? Non, dans la lecture suivante, Paul le dit aux Romains, et le redit aux romains d’aujourd’hui que vous êtes : l’Esprit est celui qui nous permet d’accomplir en notre chair la Pâque que Dieu désire pour notre joie et notre résurrection : (…) si vous vivez sous l’emprise de la chair, vous devez mourir ; mais si, par l’Esprit, vous tuez les désordres de l’homme pécheur, vous vivrez. En effet tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. L’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c’est un Esprit qui fait de vous des fils : poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant : Abba !

 

Entendons bien : la chair finit en effet par mourir ; l’esclave est bien celui qui a encore peur. Et certes, nous sentirons nous-mêmes comme tout un chacun la peur de la mort ; mais il y a une issue à cette angoisse diffuse, qui maquille la chair, et triche en usant de l’argent, de la gloriole, des honneurs dérisoires qui ne valent pas un seul acte d’amour vrai, et surtout qui a recours à l’oubli.

L’Esprit, contre toute angoisse, est mémoire de la foi. Il est mémoire de la foi pour un monde qu’il faut aider de toutes nos forces à sortir des conséquences de l’égoïsme, ou du pseudo-profit que l’on tire d’une planète et d’une humanité saccagées. Contre le péché, l’angoisse qu’il génère, et la désespérance, il y a la foi, et son action dans la charité, avec un autre Esprit que celui du monde.

 

La séquence de l’évangile de Jean, troisième lecture proclamée en ce jour, réunit trois termes, que nous pouvons garder en mémoire : la paix, l’envoi, le Souffle.

La paix, que par deux fois, comme signe de reconnaissance, et de la joie de la rencontre, il leur souhaite. Pas la paix qui est juste une cessation des hostilités, mais la paix profonde, complète, de tout l’être, à commencer par le cœur, avec le shalom qui est quasiment le salut, et par lequel on se salue. Que le Christ, aujourd’hui, demain, et toujours, soit notre paix, et fasse de nous des porteurs de paix. Que les chrétiens, ceux qui suivent Jésus, soit une bénédiction pour ce monde…

 

L’envoi. Qui définit notre être, chacun et tous. Nous ne sommes pas des fourmis inutiles s’agitant dans la vacuité de la poussière et la longueur des jours. Nous savons à quoi nous servons. L’Eglise est un corps d’espérance, et nous sommes en chemin, porteurs du goût de vivre que donne la joie du salut. La joie d’être sûrs qu’aucun de nos gestes d’amour et de partage, aucune de nos peines pour transmettre la vie, le savoir et l’espérance ne sont perdus. A condition de ne pas boucler sur nous-mêmes, ce qui nous mènerait de rien à pas grand-chose ; à condition au contraire de recevoir cette grâce inouïe, de venir de plus loin que nous-mêmes, pour aller plus loin que nous-mêmes. La parole de Jésus est simple et grave : comme le Père m’a envoyé moi aussi je vous envoie. Ce qui le définit nous constitue à notre tour. Heureux dans le don de nous-mêmes, ouverts, impossibles à combler autrement que par cette lame de fond qui nous entraine.

 

La paix, l’envoi, le Souffle enfin : l’Esprit-Saint. Avec ce don fait à l’Eglise d’être le lieu de la rémission des péchés, le lieu de la miséricorde grâce à laquelle le mal ne doit plus peser sur l’avenir.

 

Oui, frères et sœurs, en cette fête de Pentecôte, retrouvons le Souffle, la joie d’être envoyés et utiles, et la paix du Christ qui nous soutiendra jour après jour, comme anticipation de la vie éternelle.

Amen

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