Rome, Saint-Louis des Français ‎
27 août 2017 Homélie de Mgr Bousquet. 21e dimanche du temps ordinaire.
Textes : Is 22, 19-23 ; Rm 11, 33-36 ; Mt 6, 13-20.‎

Frères et sœurs, le lectionnaire liturgique choisit de nous faire faire sur un cycle de trois ‎ans la traversée au long cours des Ecritures. Aussi ce dimanche sommes-nous dans la suite des ‎textes de dimanche dernier : un passage d’Isaïe, la suite de la réflexion de Paul sur le destin du ‎peuple juif dans l’épître aux Romains, et un passage de Matthieu qui est l’évangile que nous ‎suivons cette année. ‎
Ce type de séquençage fait qu’il n’y a pas forcément harmonie entre les thèmes traités ; ‎et au fond cela ressemble à la diversité et aux imprévus de nos vies. Pourtant les deux premiers ‎textes aujourd’hui ne sont pas sans unité : ils nous aident à déchiffrer les aléas de notre vie en ‎société, si on la regarde en pensant à Dieu.‎

Le passage d’Isaïe entendu en premier ne dit rien si l’on n’est pas trop familier avec ‎l’histoire biblique. Cela devrait nous donner envie de lire notre Ancien Testament, de mieux ‎connaître l’histoire de la famille, si je puis dire. Il y est question du rejet par Dieu d’un ‎gouverneur, Shebna, qui sera remplacé par Eliakim, homme de foi et de confiance. ‎
Nous pouvons déjà en retenir les qualités que demande l’exercice des responsabilités : ‎Eliakim sera un père pour tous ; il saura dire oui et il saura dire non (je lis : s’il ouvre, personne ‎ne fermera ; s’il ferme, personne n’ouvrira) ; et enfin je le rendrai, dit Dieu, stable comme un ‎piquet qu’on enfonce dans un sol ferme. Voilà : on pourra s’appuyer sur lui. Je ne peux ‎m’empêcher de penser à une parole de Kierkegaard, un philosophe danois sur lequel naguères ‎j’ai beaucoup travaillé : « le christianisme, dit-il est comme un cric : il peut tout élever, mais il a ‎besoin d’un sol ferme sur lequel s’appuyer. » ‎
Oui, en ces temps de mutations très rapides, d’incertitudes globales sur l’avenir, de ‎bouleversements de cultures et aussi de guerres, les chrétiens doivent donner l’exemple de la ‎solidité : on doit pouvoir s’appuyer sur eux, et, à leur suite, ne pas perdre confiance.‎

Dans le second texte, Paul poursuit sa méditation sur le destin du peuple juif, et ‎s’étonne de ce qu’à partir du malheur qu’a été le rejet du Seigneur Jésus par son Peuple, Dieu ‎ait malgré tout fait sortir un bien qui a pris les dimensions de toute l’humanité et concerne ‎aussi le Peuple de Dieu de la Première Alliance, invité à et non exclu de l’Alliance nouvelle et ‎éternelle scellée dans le Christ. ‎
Relisons : quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la science de Dieu ! Ses ‎décisions sont insondables, ses chemins impénétrables ! Qui a connu la pensée du Seigneur ? ‎Qui a été son conseiller ? Qui lui a donné en premier et mériterait de recevoir en retour ?‎
Et le texte s’achève par une bénédiction, que la messe reprend au moment de la ‎conclusion de la prière eucharistique. C’est un magnifique hymne à la grâce qui nous est ainsi ‎transmis, à nous aussi. Dieu donne, et le premier, quelles que soient nos fautes, nos erreurs, et ‎nos atermoiements. Il tient plus à nous que nous ne tenons à nos misères.‎

La séquence de Matthieu, enfin, vous l’avez entendu, raconte ce que l’on appelle la ‎confession de foi de Pierre à Césarée. C’est un moment important dans l’évangile de ‎Matthieu, placé en son centre, Matthieu, l’évangile adressé d’abord aux chrétiens issus du ‎Judaïsme (comme Luc s’adresse aux Chrétiens issus du paganisme), et scandé, au début, au ‎milieu et à la fin, par la reconnaissance de Jésus comme Christ. Jésus demande à ses disciples : ‎le Fils de l’homme (ce qui est un titre eschatologique, une manière de désigner le Messie) qui ‎est-il, d’après ce que disent les hommes ? Ils répondirent : pour les uns, il est Jean-Baptiste ; ‎pour d’autres Elie ; pour d’autres encore, Jérémie et l’un des prophètes. ‎
Commentons : éternelle propension de nous autres humains, à nous projeter de tous ‎côtés, dans une diversité étonnante, sur ce qui serait capable de nous sauver. Au moins là, sans ‎notre texte, les repères sont ceux de l’histoire sainte. Mais dans un monde profanisé, ‎sécularisé, cela donnerait : quel est ce qui est le plus recherché, pour vous protéger et vous ‎donner une vie sans crainte : pour les uns, l’argent ; pour les autres, le pouvoir ; pour d’autres ‎encore les honneurs, vrais ou frelatés. ‎
Ici Jésus continue : et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Hommes et ‎chrétiens d’aujourd’hui, hommes et chrétiens de tout temps, cette question est décisive. Elle ‎est même première. Le christianisme, c’est Jésus-Christ, c’est la personne de Jésus, qui est le ‎visage de Dieu en notre humanité. Ce n’est pas d’abord une doctrine ou une morale. On ‎devient croyant en prenant au sérieux cette question de Jésus, et en lui répondant d’abord à ‎Lui, en notre cœur. ‎
Pierre déclare : Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! Voilà : souvenons toujours de ‎ce que nous avons dit un jour au plus secret de nous-mêmes, dans la prière ou le silence, et qui ‎nous console et nous relève jour après jour : « c’est Toi, Seigneur que j’aime, comme le Fils du ‎Dieu Vivant lui-même, venu en personne partager notre humanité et se faire le compagnon de ‎notre route. Tu nous as ouvert la voie par ta passion et par ta croix, et nous avons compris que ‎notre destin n’était pas une existence de fourmis, mais une vie d’enfants de Dieu promise à ‎l’éternité. »‎
‎ Pierre reçoit alors, à cause de sa foi, la promesse d’être la pierre sur laquelle le Seigneur ‎bâtira son Eglise. Chacun de nous reçoit, dans la foi, la mission d’être une pierre vivante de cet ‎édifice qui contribue à l’avènement du Royaume de Dieu. ‎

La dernière phrase du texte : alors il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu’il ‎était le Messie, relève de ce que l’on appelle le « secret messianique », que l’on retrouve aussi ‎en saint Marc : il ne faut pas se tromper de Messie, et c’est seulement après la croix qu’il ‎faudra le dire, à temps et à contretemps ; car c’est un scandale que cette croix, pour ceux qui ‎imaginent autrement la puissance de Dieu. Alors qu’au contraire, nous pouvons dire que Dieu ‎est tellement puissant que même la mort sur la croix ne l’empêche pas de nous rejoindre jusque ‎là, dans la mort et la perdition. ‎

En cette eucharistie, redisons-lui notre foi, notre confiance, notre Amour : oui, ‎Seigneur tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! Béni sois-tu, maintenant et à jamais, pour les ‎siècles des siècles. ‎
Amen.‎

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