Rome, Saint-Louis-des Français. Dimanche 28 octobre 2018.
30e dimanche du temps ordinaire (Année B)
Homélie de Mgr Bousquet. Textes : Jr 31, 7-9 ; Hb 5, 1-6 ; Mc 10, 46b-52.

Frères et sœurs, les textes d’aujourd’hui nous donnent à entendre trois motifs de joie chrétienne, dont nous avons à saisir dans notre méditation la pressante actualité : la joie du retour d’exil ; la joie de la manière dont le Christ est prêtre ; la joie de la guérison de notre aveuglement ; et les trois sont la joie de la foi qui sauve, qui sauve en vérité. Voyons cela, sobrement et paisiblement.

La joie du retour d’exil, de notre retour d’exil. Le peuple de Dieu de l’Ancien Testament est le miroir de notre aventure et de notre destin. Il a vécu dans la déportation l’épreuve majeure. Tout reposait sur la promesse, sur la fidélité de Dieu à sa Parole. Les signes donnés pour cette alliance indéfectible étaient : la terre, le roi, le temple où il demeurait avec eux. Et voici que la terre est envahie, qu’on crève les yeux au roi après avoir supprimé sa descendance, et que le Temple est profané. Où donc est Dieu ?
Ainsi, de manière redoublée, pour les disciples : ils avaient avec eux l’Alliance en personne, la force et la bonté de Dieu, et il a été crucifié. Où donc est Dieu ? Ainsi de nous, qu’un deuil frappe, ou la maladie d’un enfant, ou bien qui sommes privés de travail, de justice, ou de l’affection attendue de nos proches. Où donc est Dieu ?
La grandeur d’Israël, (non pas celle d’avoir été choisi, car il n’y est pour rien : Dieu a choisi le plus petit et le plus démuni des peuples ; mais la grandeur qui est la sienne, vraiment), c’est, dans le malheur de l’exil, d’avoir espéré contre toute espérance. Dès ce moment a commencé le retour d’exil, le retour de la déportation, qui s’accomplit avec les cris de joie que nous a relatés Jérémie ce matin, Jérémie qui est aussi un prophète d’espérance. En sa Parole, Dieu atteste dans les bons comme dans les mauvais jours qu’il est le même, qui ne laisse pas le malheur sans délivrance, ni la détresse sans salut.
Ainsi de Jésus, que le Père ressuscite en ne cessant pas, au travers de la déréliction et de la mort, de lui partager son Souffle, son Esprit, sa vie. Ainsi de nous, qui sommes assurés dans la foi, que notre exil n’est pas sans fin, et que notre foi, notre confiance en Dieu, nous relève déjà, et que nous serons rendus capables de traverser ensemble nos détresses. La joie du Dieu vivant, c’est notre salut. Il tient plus à nous que les misères qui nous usent. Joie du retour d’exil.

Cette joie-là tient à la manière dont le Christ est prêtre. Le deuxième texte, tiré de la lettre aux Hébreux raconte les prêtres de l’Israël ancien. La fonction sacerdotale est une fonction de médiation. Le grand prêtre offre des sacrifices pour le pardon des péchés. Pris parmi les hommes (…) il est en mesure de comprendre ceux qui pèchent par ignorance ou par égarement, car il est lui aussi rempli de faiblesse. Au temps nouveau qu’il inaugure, le Christ accomplit et transforme ce sacerdoce: car il n’est pas seulement un homme, mais le Fils de Dieu fait homme ; et il sait notre faiblesse, ce qu’il en coûte d’obéir, de vivre la Loi de Dieu qui est amour. Il y laisse sa peau, il fait le sacrifice, non pas d’un agneau, mais de sa propre vie. Et de même qu’il meurt en pardonnant, sa résurrection est la signature du pardon de Dieu, total, absolu définitif. Même le bourreau est traité sans violence, même le larron voit s’ouvrir un retour au paradis, et tous, nous avec, savent qu’ils peuvent s’appuyer jusqu’à la fin sur cette victoire sur le péché, la mort et la détresse. Toute la lettre aux Hébreux montre ce changement de régime.
Et nous ? Les chrétiens sont un peuple de prêtres, de par leur sacerdoce reçu au baptême, avec la dignité, neuve pour eux, du Christ prêtre, prophète et roi. Le sacerdoce est toujours encore cette fonction de médiation entre Dieu et les hommes. A nous chrétiens d’être, à la suite de Jésus, passage de l’humanité à Dieu et passage de Dieu aux hommes. A nous cette joie, difficile mais superbe, d’être le visage humain et le sourire de Dieu à ceux qui ont besoin d’amour, ou tout simplement de pain et de pardon, comme nous allons le demander dans le Notre Père.

Alors nous pouvons comprendre et accueillir cette troisième joie, celle de la foi, de l’espérance, de la charité, qui sauve, qui nous fait revenir de notre exil, et qui fait cesser nos aveuglements. Comme il nous est facile de nous identifier dans nos détresses à Bartimée, pauvre et mendiant assis au bord du chemin, si désireux de voir, enfin. Nous crions vers le Seigneur, et tous ne comprennent pas, qui essaient de nous faire taire. Il nous faut crier de plus belle, comme nous l’avons fait pour le monde entier, au début de cette messe : Seigneur, prends pitié ! Et Jésus s’arrête.
Aujourd’hui encore, dans cette Eucharistie, Jésus passe, et il s’arrête. Allons-nous laisser les manteaux inutiles et bondir ? Et quand le Seigneur nous dit : que veux-tu que je fasse pour toi ?, voulons-nous vraiment voir ? Et vivre ensuite en guéris et ressuscités, avec ce que cela implique comme conversion, avec la foi qui devra se faire charité, avec la foi qui sauve. Parce que par cette foi, cet amour, cette espérance ainsi fondée, Dieu continue de transformer le monde, et de nous transfigurer nous-mêmes.
Pour nous entendre dire : va, ta foi t’a sauvé, laissons résonner jusqu’en nos profondeurs, et dans le quotidien, cette première parole : confiance, lève-toi, il t’appelle…
Amen.

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