Rome, Saint-Louis des Français, Dimanche 3 septembre 2017. ‎
‎22e dimanche du temps ordinaire. ‎
Homélie de Mgr Bousquet. Textes : Jr 20, 7-9 ; Rm 12, 1-2 ; Mt 16, 21-27.‎

Frères et sœurs, les textes qui nous annoncent la Parole de Dieu en ce jour ‎sont clairs et directs. Ils nous montrent la voie de la vraie vie, celle qui ne s’épuise ni ‎ne s’épuisera entre nos mains. Et surtout, ils nous réveillent en nous rappelant notre ‎aventure avec Dieu. Ils nous relèvent et ils nous ressuscitent : mais le voudrons-‎nous ? Le bonheur, être heureux, être réussis, être en santé, être libres, on pourrait ‎penser : qui ne le voudrait ? Mais est-ce si sûr ? D’abord, quel bonheur, quelle ‎réussite, quelle liberté désirons-nous ? ‎
C’est la qualité qui fait la différence, et cette différence est celle de la passion. ‎La passion au sens actif : resterons-nous tièdes et endormis, ou vivrons-nous à la ‎hauteur de la promesse qui nous est faite ? La passion aussi au sens de l’endurance : ‎à quoi sommes-nous prêts pour cela, car c’est sans prix, mais cela a un coût, comme ‎la Passion du Seigneur est ce que lui coûte sa passion pour nous les hommes…‎

Dieu d’abord. C’est Lui qui nous rassemble, c’est vers Lui qu’il faut crier, ‎comme le faisait Jérémie dans la première lecture. Tout le reste, qui est bien sûr ‎important, car il s’agit de la vie quotidienne, de nos projets ou de notre survie, de ‎nos désirs ou de nos fardeaux, ne cessera pas d’être important, mais nous prendrons ‎tout cela autrement, si Dieu passe avant. N’hésitons jamais à faire mémoire en nos ‎cœurs de notre rencontre avec Dieu. ‎
L’histoire n’est pas finie, pour chacun, chacune de nous, et ce n’est pas un ‎fleuve tranquille. Seigneur, tu as voulu me séduire, et je me suis laissé séduire ; tu ‎m’as fait subir ta puissance, et tu l’emporté, dit Jérémie. Oui, mais il ajoute : ‎maintenant tout le monde se moque de moi, et je suis obligé de trancher dans la ‎masse, de dire des choses qui ne plaisent pas à la société qui m’entoure (pour nous, ‎ce n’est pas forcément en paroles, mais par un style de vie qui n’adopte pas les ‎fausses valeurs moutonnières et la voie de la facilité) Je me disais : je ne penserai ‎plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. ‎
Le pire, pour nos contemporains, c’est que cela ne se passe pas comme cela, ‎mais commence par une sorte de désaffection insensible, une indifférence d’eau ‎tiède, une vie sans relief tandis que la planète souffre les douleurs de l’enfantement. ‎Allons-nous redevenir ardents, comme le prophète ? Mais il y avait en moi comme ‎un feu dévorant, au plus profond de mon être. Je m’épuisais à la maîtriser, sans y ‎réussir. Ce feu est en nous, nous le savons, même au plus creux de notre péché. ‎Nous ne réussirons à l’oublier, ni à faire comme si Dieu ne tenait pas à nous. Il nous ‎faut écarter les cendres, et laisser le Souffle, l’Esprit de Dieu, ranimer ce feu, qui va ‎réchauffer nos tiédeurs et dévorer nos défaites… ‎
Dieu nous aime, mais voulons-nous le laisser nous envoyer ? C’est ‎qu’évidemment cette grâce, ce renouveau, cette vie qui va grandir et nous changer, ‎est exigeante. Que nous faut-il faire ? ‎

Ecoutons Paul à présent : je vous exhorte mes frères, par la tendresse de Dieu ‎‎(oui, oui, c’est par la tendresse de Dieu) à lui offrir votre personne et votre vie en ‎sacrifice saint, capable de plaire à Dieu. Il faut comprendre : nous n’avons plus ‎l’exemple de la liturgie des sacrifices au Temple dans la Première alliance ; mais ‎nous sommes à la messe, et l’eucharistie est l’actualisation, jusqu’à la fin du monde, ‎du sacrifice du Christ. Nous entrons à chaque fois, et aujourd’hui encore, dans ‎l’offrande qu’il fait de sa personne et de sa vie, lui le Fils unique, pour nous tous. ‎
Que notre vie donc soit cette offrande, capable de plaire à Dieu ; non pas ‎pour apaiser quelque courroux (chassons ce fantasme de nos mauvaises consciences ‎pas bien évangélisées). Car ce qui plait à Dieu c’est que nous soyons des vivants, ‎comme Lui, qui font l’offrande généreuse de leur vie, et des dons qu’il nous a faits, ‎nos talents, nos énergies, pour contribuer au salut de tous, donné certes une fois ‎pour toutes, mais qui doit prendre corps dans la marche de l’humanité présente. ‎Pour qu’advienne, sur la terre, comme au ciel, la paix, la justice et l’amour fraternel. ‎
Ne prenez pas pour modèle le monde présent, écrit Paul, mais transformez-‎vous en renouvelant votre façon de penser. Et il insiste sur le discernement, et sur le ‎fait que cela est varié et progressif : pour savoir reconnaître quelle est la volonté de ‎Dieu : ce qui est bon (ce n’est pas rien aujourd’hui de maintenir la différence entre ‎le bien et le mal !), ce qui est capable de lui plaire (là, c’est le rapport d’intimité ‎avec Dieu, au quotidien, qui est le motif et le moteur), ce qui est parfait (mais ‎qu’est-ce qui est parfait, sur la route ?).‎

C’est bien sûr l’évangile de Matthieu qui l’indique. Jésus vient à peine (nous ‎l’avons lu dimanche dernier) de féliciter Pierre de sa confession de foi, et de lui ‎confier sa mission dans l’Eglise, qu’il le traite de Satan, quand Pierre veut lui faire ‎éviter la croix. Prendre sa croix, suivre le Christ, cela implique de renoncer à soi-‎même. C’est-à-dire à se faire le centre du monde, à oublier l’autre, en commençant ‎par le plus prochain. Pas besoin de nous faire un croquis, nous savons tout cela, ‎d’expérience, hélas. ‎
Ce que nous oublions, en revanche, c’est la pointe du texte : quel avantage ‎en effet un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s’il le paye de sa vie ? Le ‎Christ a payé autrement de sa vie, et il a gagné autrement le monde : le disciple, à sa ‎suite, va de la mort à la vie, et gagne l’Eternel en participant à la transfiguration de ‎toutes choses. ‎

Frères et sœurs, que le feu de Dieu nous embrase ; que notre vie soit ‎offrande ; que le Seigneur en cette Eucharistie joigne nos croix à la sienne, et que ‎commence en nous la résurrection du monde à venir ! Amen. ‎

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