Rome. Saint-Louis des Français. Dimanche 24 décembre 2017. Fête de Noël.
Messe de la nuit. Homélie de Mgr Bousquet.
Textes : Is 9, 1-6 ; Tite 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14.
Nativité du Sauveur, jeunesse de l’Evangile, dignité des humains…
Que fêtons-nous vraiment cette nuit ? Qu’est-ce qui nous rassemble ? Où donc y a-t-il une espérance fondée ?
La joie à partager n’est pas l’idolâtrie du commercial, ni l’oubli factice d’un monde à feu et à sang, miné par la violence et les injustices, pas davantage paillettes sans lendemain d’un présent éclaté sans mémoire ni promesse…
La Parole de Dieu nous replace au centre, quand Isaïe proclame que « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière », tandis que « sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre une grande lumière a resplendi ».
Oui, frères et soeurs, arrêtons-nous pour contempler…
Il s’agit bien de la nativité d’un Sauveur…
Dans un monde qui ne pense qu’à sa sécurité, ou bien à s’assurer, c’est bien plus qui est donné : le salut, et le salut comme quelqu’un dont il faut prendre soin. Et voici que nous voyons à la crèche, comme nous le verrons à la croix et à Pâques, à quel point Dieu fait corps avec ce que nous devenons, en venant prendre notre condition humaine, en sa fragilité native, en son désir de justice, en sa promesse de joie que rien ne dissipera.
Isaïe le dit, Dieu ainsi l’atteste, Jésus l’inscrit dans la chair de notre histoire : nous sommes faits pour la paix, qui est pour nous un don et un appel : « toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a dévorés… »
Pour qu’aujourd’hui encore, comme il y a deux mille ans, cela advienne, au Moyen-Orient et partout sur la terre, « un enfant nous est né, un fils nous a été donné ». La merveille n’est pas seulement qu’il y a en Dieu lui-même l’être – fils, mais qu’il nous soit donné, et donné pour en prendre soin. C’est ainsi que Dieu lui-même en la personne de son Fils se fait nativité de notre propre salut, promesse visible et fragile, chaleureuse et réconfortante, mise en nos mains comme un cadeau à protéger, à nourrir, à faire grandir.
Nativité du Sauveur, nativité de chacune de nos existences, nativité de la paix…
Nativité du Sauveur, jeunesse de l’Evangile.
Cette fois, c’est la seconde lecture, Paul écrivant à Tite, qui nous ouvre la route. « La grâce de Dieu, écrit-il, s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. » Le mot pour revient cinq fois en sept lignes. Eh bien, sommes-nous chrétiens, sommes-nous humains « pour » ?
A quoi cela sert l’Eglise ? A « manifester », à rendre visible le Royaume qui advient. A quoi cela sert de (tenter de) devenir chrétiens ? A donner corps et visibilité à l’espérance. Avec l’Enfant-Dieu, nous voilà invités à être « pour ».
Pour quoi ? La Parole de Dieu le dit. Quatre fois.
« Pour le salut de tous les humains ». Mais aimons-nous l’éternité ? Mais aimons-nous les humains ?
« Pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux. » Mais aimons-nous la raison, la justice, et la confiance ?
« Pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus-Christ ». Ce bonheur-là : pas nos petits conforts du jour, pas nos égoïsmes aveugles, pas notre inattention aux prochains les plus proches, pas notre oubli de ce que nous pourrions faire pour partager la vie. Mais désirons-nous ce bonheur-là ?
«Pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien. » Mais considérons-nous toute humanité comme notre peuple ? Mais demeurons-nous ardents, jour après jour ?
La vie trop humaine va de la jeunesse au vieillissement, la vie avec le Christ va de la mort à la vie. Ce n’est pas Dieu qui a des problèmes, c’est nous autres qui sommes sourds et fatigués. Jeunesse de la Bonne Nouvelle qui s’est incarnée…
Nativité du Sauveur, jeunesse de l’Evangile, dignité des humains.
Ils sont tous là dans le récit de Luc : les villageois qui doivent se faire recenser, le couple et son enfant pour qui il n’y a pas de place dans la salle commune, les bergers « qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux », sans oublier l’Ange de Dieu, son messager…
Nous sommes tous là, j’allais dire : pour une fois. En tout cas bienvenus, pour cet instant heureux. Dignité de tous, de toutes, de chacune, de chacun.
Le signe qui est donné est humble : « vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». Il faut la foi pour le comprendre, une foi qui soit reconnaissance, à tous les sens du mot. Le signe est humble, car la puissance de Dieu est autre que celle que nous imaginons : Dieu est tellement puissant, que de la crèche à la croix, rien ne l’arrête pour nous rejoindre dans notre faiblesse.
Mais c’est un signe : ce qui se montre là dépasse nos possibles : pour que nous allions chez lui, Dieu, le premier, vient d’abord chez nous. Pour nous partager sa vie, il partage d’abord la nôtre. Pas un visage dès lors, pas une vie – même abîmée, même médiocre, même fautive – qui ne soit revêtue de cette grandeur inouïe, et promise à transfiguration…
Frères et soeurs, laissons-nous saisir par ce qui se passe – et c’est maintenant.
Avec le Sauveur qui naît comme homme,
que nos vies demeurent en leur nativité d’espérance,
que l’Evangile pris au sérieux soit notre jeunesse,
que la dignité de tous les humains soit notre passion…
Amen

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