Rome , Saint-Louis des Français. Dimanche 3 février 2019.

Dimanche de la 4e semaine du temps ordinaire, année C

Homélie de Mgr Bousquet. Textes : Jr 1, 4-5.16-17 ; 1 Co 12, 31 – 13, 13 ; Lc 4, 21-30.

 

Frères et sœurs, dans notre marche maintenant sur les sentiers du temps ordinaire, la Parole de Dieu proclamée en ce dimanche nous rappelle avec vigueur et de manière réaliste une dimension essentielle de la vie chrétienne : vivre en s’efforçant de participer à la mission prophétique de l’Eglise.

Au jour de notre baptême, en recevant l’onction d’huile qui est la marque de l’Esprit-Saint, nous nous sommes entendus dire : Par le baptême, le Dieu tout-puissant, Père de notre Seigneur Jésus Christ t’a libéré(e) du péché et t’a fait renaître de l’eau et de l’Esprit. Toi qui fais maintenant partie de son peuple, il te marque de l’huile sainte pour que tu demeures éternellement membre de Jésus Christ, prêtre, prophète et roi.

La fonction de prêtre, notre sacerdoce baptismal, est une fonction de médiation : tout faire pour que Dieu passe à l’homme et pour que l’homme passe à Dieu. Et cela à l’imag et à la suite de l’unique Médiateur, le Christ Jésus, par qui tout l’homme passe à Dieu et par qui Dieu sans réserve passe à l’homme, de l’incarnation à la résurrection, dans sa vie où il a passé en faisant le bien.

La fonction royale est celle qui vise l’achèvement de la création, en s’exerçant là aussi comme l’exprime et le réalise la croix : à la manière du Serviteur qui s’offre pour la vie du monde.

Ce qui nous est rappelé est aujourd’hui la fonction prophétique de l’Eglise. L’Eglise portera la Parole de Dieu en s’efforçant, à l’imitation de Celui qui est plus qu’un prophète, la Parole de Dieu en personne, de réduire l’écart entre ce qu’elle dit, ce qu’elle vit,ce qu’elle est. Le programme est ambitieux : regardons comment les textes du jour nous en parlent.

 

Nous avons d’abord entendu la vocation de Jérémie, et nous avons compris de suite que tout prophète parle en des temps difficles ou pour le moins confus.Dieu qui l’envoie l’encourage, car au présent il y a de quoi avoir peur. Notre monde n’est pas plus simple, ni plus accueillant aux exigences d’êtres qui ont à devenir humains selon le cœur de Dieu.  Ne tremble pas devant eux, sinon c’est moi qui te ferai trembler devant eux. Moi, je fais de toi aujourd’hui une ville fortifiée,une colonne de fer, un rempart de bronze, pour faire face à tout le pays.Mais avec Dieu, il faut toujours se reporter à la mémoire de sa grâce, et à l’avenir de salut. Comme il a donné sa Parole, il tiendra encore sa promesse.

Nous pouvons nous appuyer sur la mémoire de la grâce : Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations. Et notre espérance est bien fondée pour l’avenir :  Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer.

Ainsi pour aujourd’hui : chrétiens, n’ayons pas peur, d’être par notre comportements, notre obéissance à la grâce, un peuple prophétique par son style de vie, ses valeurs, sa défense des petits et des personnes vulnérables, son souci du partage contre les faux prestiges, les fausses richesses, et les violences ou les injustices qu’ils engendrent. C’est difficile, mais e toute éternité le cœur de Dieu est notre maison et notre force.

 

C’est qu’à la fin des fins, saint Paul nous le rappelait dans la 1ere Epître aux Corinthiens, le chemin, mais aussi l’origine et le terme de ce chemin, c’est l’amour.

Quel hymne magnifique ! J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien.

Ce sont les qualité de l’amour, l’amour de don : l’agapè, qui nous permettent d’emprunter le chemin des prophètes : L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ;  il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais.

 

Reste que le chemin est rude.La séquence en Saint-Luc qui a été proclamée, nous montre comment Jésus lui-même, prophète en actes et non seulement en paroles, est rejeté par les siens.Ecoutons bien le récit : il n’est pas provocateur : il insiste, contre leurs intérêts particularistes, sur la générosité de Dieu qui comble de bienfaits des cercles de plus en plus large. Une fois encore il est ici révélateur. Il ne condamne pas, il tient bon dans la logique de la grâce, de la gratuité, et non pas de la gloriole ou des courtes vues qui aveuglent. Ils croyaient le connaître et ils ne reconnaissent pas Dieu qui passe au milieu d’eux en sa personne.Mais lui, passant au milieu d’eux allait son chemin…

 

Cette finale est saisissante. Continuons notre chemin, frères et sœurs, en faisant le bien, en étant prophètes concrètement par la pratique de l’amour donné sans retour. L’amour qui prend patience, qui rend service, ne jalouse pas, ne se vante pas, ne cherche pas son intérêt, ne s’emporte pas, ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais trouve sa joie dans ce qui est vrai… Sa confiance, son espérance, son endurance sont prophétiques dans le monde d’aujourd’hui et la confusion des jours. L’amour ne passera jamais.

Amen.

 

© 2017 Saint Louis des Français | Made by Adri & Popo