Rome , Saint-Louis des Français. Jeudi 31 janvier 2019. (Présence du Presbyterium de Versailles)

Jeudi de la 3e semaine du temps ordinaire, année impaire.

Homélie de Mgr Bousquet. Textes : He 10, 19-25 ; Mc 4, 21-25.

 

Pour laisser la Parole de Dieu nous imprégner, ce soir, je voudrais, frères bien aimés, souligner avec quelle énergie les deux lectures du jour nous invitent à faire signe, à être des signes efficaces…

Le passage de l’épitre aux Hébreux commence par un mot lui-même très fort dans les Actes, à partir de la Pentecôte: parrhèsia, l’assurance, le contraire de la peur, le contraire du manque d’élan. Parrhèsia : non pas la paix des cimetières, le refuge du cocon. Mais le fait de pouvoir s’appuyer sur un sol ferme pour bondir, pour s’élancer (le « saut » de la foi chez Kierkegaard…); le fait de pouvoir s’adosser à l’épreuve surmontée, et, plus encore, d’avoir le Souffle qui nous dilate, qui nous met au large, qui nous donne envie d’aller.

Relisons: Frères, c’est avec pleine assurance que nous pouvons entrer au sanctuaire du ciel grâce au sang de Jésus. Oui, le sang, celui du Seigneur, celui dont les actualités sont pleines, sur toute la planète… Ce n’est pas de la rhétorique rabbinique… Il y a qu’effectivement le sang du Seigneur et le sang du monde sont à jamais liés. Il y a qu’effectivement les cieux sont ouverts. Pour le temps et pour l’éternité…

Le texte continue: Nous avons là une voie nouvelle et vivante qu’il a inaugurée en pénétrant au-delà du rideau du sanctuaire, c’est-à-dire de sa condition humaine  Etonnante parole sur la manière qu’a le Seigneur d’être le grand-prêtre, qui va bien au-delà du culte ancien. Le sanctuaire, le sacré, le lieu où Dieu vient demeurer, n’est plus séparable de notre humanité. Quand il assume notre humanité, c’est à la sienne qu’il faut rapporter la nôtre. Dans le sanctuaire, au-delà de notre condition humaine, qu’il partage, il y a maintenant en Dieu, pour toute éternité notre humanité. C’est là le sol ferme sur lequel nous appuyer, c’est à cela que nous pouvons nous adosser, à partir de là que nous pouvons envisager autrement la vie devant nous, et le monde qui nous attend. Toucher à Dieu, c’est toucher à l’homme, toucher à l’homme, c’est toucher à Dieu.

Viennent alors dans le texte des invitations très pressantes, des verbes à l’actif, et en « nous ».            Avançons-nous donc vers Dieu avec un coeur sincère, et dans la certitude que donne la foi, le coeur purifié de ce qui souille notre conscience, le corps lavé par une eau pure. Voilà ! Allons, allons vers Dieu. Sans barguigner, sans peur, sans blocages, en nous y engageant profondément, en prenant nos risques, en laissant nos atermoiements, nos complexités, sans nous réserver. Lui sait nous mettre en route, cela va nous faire transpirer, et laisser derrière nous ce qui encombre. Nous allons en payer le prix, mais quelle joie, quelle liberté retrouvée, quelle respiration, que de rencontres neuves à faire en lui et avec lui!

Continuons sans fléchir d’affirmer notre espérance (c’est pour cela que nous sommes chrétiens, c’est à cela que servent les chrétiens: attester l’espérance), car il est fidèle, celui qui a promis. Le peuple de Dieu, d’Israël à l’Eglise, est celui qui porte et apporte les promesses pour toute humanité. Tandis que Lui le Seigneur, est le même, qui a donné sa Parole et sa promesse, hier, aujourd’hui, et à jamais. Notre espèrance est fondée, elle ne sera pas déçue. Nous n’avons pas le droit de tromper les gens sur l’espérance. Il nous faut la transmettre sans faux-semblants, en paroles comme en actes.

Mais comment faire ? La suite le dit.

Soyons attentifs les uns aux autres, pour nous stimuler à aimer et à bien agir. La règle d’or. L’attention, c’est la b a ba de la vie spirituelle, de la vie selon l’Esprit du Christ et de son Père. Une attention non à cause de nos intérêts, pour ramener à nous-mêmes, mais pour nous stimuler à aimer, à bien agir. Vouloir le bien : la bien-veillance, ce doit être la « respiration » du chrétien…

Ne délaissons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l’habitude … Là, « no comment ». Que chacun voie pour lui… Mais encourageons-nous, d’autant plus que vous voyez s’approcher le Jour du Seigneur. J’ai coutûme de dire qu’un évêque sert à dire: bravo, merci, courage ; mais à mon avis, cela vaut d’abord pour les prêtres, et a fortiori pour le chrétien. Le courage de la foi, le courage d’être, bravo et merci, c’est tout un programme. Pas à la manière stoïque, en serrant les dents, mais joyeusement, parce que le Seigneur s’approche, tous les jours…

Les deux paroles du Seigneur, dans l’évangile de Marc, sont alors toutes simples, sur la lampe, et la mesure dont on se sert. La lampe est faite pour éclairer. Ce que le Peuple de Dieu porte en son cœur, cela doit être manifesté. A nous, malgré notre péché, et parce que le Seigneur nous en sauve, d’être des signes. Effectifs, efficaces, avec le sacrement pour modèle. Des signes visibles et lisibles. Quant à la mesure dont on se sert, quelle liberté une fois encore nous est donnée là ! Frères et sœurs dans la foi, soyons les témoins de la générosité de Dieu. Si c’est la grâce qui est la mesure, alors il faut aimer sans mesure. En nous repliant, nous perdons jusqu’à la source. Que la générosité de Dieu chambarde nos vies, et que sa douce pitié nous soit en aide.       Amen.

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