Rome, Saint-Louis-des Français. Samedi 10 Novembre  2018, messe anticipée du dimanche 11.

32e dimanche du temps ordinaire (Année B). Homélie de Mgr Bousquet.

Messe pour la paix, et les morts de toutes les guerres en présence des autorités civiles et militaires.

Textes : 1 R 17, 10-16 ; He 9, 24-28 ; Mc 12, 38-44.

 

Frères et sœurs, en la circonstance présente, la veille du 11 novembre, cent ans après l’armistice de 1918, laissons-nous toucher par les trois textes qui viennent d’être proclamés. Ils se rapportent, chacun à leur manière, au don de soi.

 

Le premier texte, est issu du cycle d’Elie et Elisée, aux livres des Rois, un ensemble de textes fertile en prodiges et miracles. Je ne répète pas l’histoire de la veuve de Sarepta, vous l’avez entendue. Je voudrais juste relever ce qui attire l’attention : elle donne de ce qu’elle n’a plus. Sa vie et son espérance, et sa seule lumière et chaleur, qui est de faire vivre son fils.

Ainsi du défenseur, et de ses paradoxes :

il donne de la liberté, alors que le pays l’a perdu.

Il donne du courage alors que les circonstances sont affligeantes.

Il donne de l’élan alors qu’il est contraint à l’insécurité et à la patience.

Il donne de l’espoir alors même qu’il perd sa vie.

Il redonne la parole alors qu’il ne fait qu’obéir en silence.

Il donne aux autres de se tenir debout alors qu’on le couche dans la mort.

Il permet qu’un peu d’aube éclaire à nouveau le ciel, alors que la lumière lui manque.

Il donne le goût de l’héroïsme, alors que ses actions sont souvent mesurées, répétitives, sans horizon immédiat.

Dans la confusion des jours, le défenseur nous fait retrouver le souffle.

 

Croyants, nous nous sentons proches de tous les morts pour la France. En évoquant leur mémoire, il y a pour nous, en plus de leur mémoire, quelque chose qui nous dit que l’action, l’action pour autrui et l’action collective, s’appuie sur la grâce, qui est l’énergie de ceux qui sont perdus.

Mais l’action n’appelle pas la grâce comme une roue de secours. La foi nous donne l’assurance que ceux qui sont morts ne vivent pas seulement dans nos mémoires, mais dans le réel de la vie éternelle promise à tous. Aussi l’action généreuse, portée par la grâce du dénuement, rejoint-elle la promesse que le prophète Elie fait à la veuve de Sarepta au nom de Dieu : jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où Dieu donnera la pluie pour arroser la terre.

Oui, nous le croyons, c’est certain, au-delà de nos forces, qu’elles soient puissantes, qu’elles soient précaires, Dieu se fait proche. Un Dieu qui voit la veuve donnant sa dernière ressource et n’envisageant plus que la mort pour elle et son fils. Et cette action n’est pas désespérée, mais pleine de sens, qui se bat en étant démunie, pour que de nouveau, Dieu l’a promis, le désert reverdisse et la terre soit féconde.

Le deuxième texte, tiré de l’épître aux Hébreux, parle précisément du sacrifice.

Il faudrait commenter davantage le mouvement entier de cette épître, expliquant aux chrétiens issus du judaïsme la nouveauté qu’apporte le Christ en matière de rituels du sacrifice. Chez les païens, le sacrifice est la part du feu en quelque sorte, la part de la récolte ou du bétail que l’on détruit pour apprivoiser les idoles supposément puissantes. Dans l’Israël de l’Ancien Testament, le sacrifice est converti : le rite, y compris sanglant, signifie que la vie est à Dieu, un Dieu qui veut que nous soyons vivants, en faisant le sacrifice de notre cœur mauvais ; mais c’est sans cesse à recommencer.

L’épitre aux Hébreux explique aux chrétiens que le sacrifice que le Christ a fait de sa vie vaut une fois pour toutes. Cette fois, c’est Dieu lui-même, en la personne du Fils, qui s’offre en sacrifice. Et il manifeste par sa mort que la violence n’a pas d’avenir, qu’elle est finie pour celui qui n’en a pas peur, que la vie a le dernier mot, même si on y laisse sa peau. Ce que nous avons vu une fois pour toutes avec Jésus crucifié, nous inspire et nous protège à tout jamais.

Dieu est ainsi tourné vers nous jusqu’à la fin des temps : à savoir qu’il nous donnera de sa force pour résister à la violence sans tomber dans sa spirale, et pour prolonger cette résistance sans haine par tout ce qui peut reconstruire la paix.

 

Le troisième texte enfin, sept versets de l’évangile selon saint Marc, en écho au récit sur la veuve de Sarepta, nous raconte l’histoire de l’obole de la veuve, dont le comportement est tout le contraire de celui des pharisiens : amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde. Car tous ils ont pris de leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre. Voilà ce qui réjouit les croyants, et qui fait l’honneur de ceux qui sont tombés de la même manière : tout donner, tout ce que l’on avait pour vivre. Aux moments héroïques il n’est plus possible de tricher ou de louvoyer ; mais au quotidien aussi on voit la différence. Tout donner, parce qu’on ne s’économise pas, parce qu’on ne se planque pas, parce qu’on ne fait pas passer son petit bonheur du jour avant le bien commun. Positivement, parce que la vie vaut d’être défendue, soignée, nourrie, confortée ; parce qu’avec le temps il y a l’Eternel ; parce qu’avec la passion de ce qui est juste, il y a le courage du quotidien. Parce qu’aussi petits que soient nos gestes, comme pour la veuve de Sarepta ou la veuve dans le Temple, grâce à Dieu cela est grand et mène à la vie, et à la Vie éternelle.

 

A ceux qui ont tout donné, apportons notre hommage. Saluons l’exemple des hommes et des femmes dont la vie et la mort nous relèvent. Joignons aussi à cet hommage l’humble action de grâces à prononcer en accueillant pour tous la résurrection, l’Eternel en personne qui est notre Paix, comme nous le faisons chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie.

Amen

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