Rome, Saint-Louis-des Français. Vendredi 2 Novembre 2018.

Commémoraison de tous les fidèles défunts.  Homélie de Mgr Bousquet.

Textes : : Is 25, 6a. 7-9 ; Rm 6, 3-9 ; Lc 12, 35-38.40.

 

Frères et sœurs, en faisant mémoire de tous les fidèles, écoutons attentivement aujourd’hui l’interpellation de la Parole de Dieu. Pour les morts comme pour les vivants, ce qui est premier, c’est l’espérance, fondée en Dieu.

L’oracle d’Isaïe d’abord. Voilà un homme qui, au nom de Dieu, en plein milieu d’une situation catastrophique, prononce malgré tout une parole confiante dans le Dieu consolateur. L’expérience des prophètes est terrible : ils ont mal à leur peuple. Et quand cela va mal, ils disent : arrêtez de vous confier à la force des guerriers pour éviter la catastrophe. Pratiquez plutôt la justice, et vous vivrez. Mais la catastrophe arrive, et il faut voir ce qu’elle représente : la promesse de Dieu reposait sur des signes : la terre promise, le Temple, la lignée royale. Et puis la terre est occupée, le Temple est profané, quant à la lignée royale, on prend soin de tuer ses fils devant le roi avant de lui crever les yeux : alors où est Dieu ? L’extraordinaire de ce peuple est l’espérance contre toute espérance : les signes ont disparu, et pourtant le peuple tient bon dans sa foi. Un autre prophète du temps de la grande catastrophe, Ezéchiel, montre ainsi par exemple la Shekinah, la Présence, s’élever du Temple et suivre vers l’est le peuple qui part en exil. Le Temple c’est le Peuple, Dieu fait corps avec eux. Et le même prophète qui prédisait le malheur en disant : pratiquez la justice, qui est votre vraie sûreté, devient prophète d’espérance : Dieu est le même, qui est avec vous en toute circonstance. Ne perdez pas espoir, il vous ramènera chez vous… En Isaïe, parallèlement, Dieu nous est présenté comme consolateur : le Seigneur essuiera toute larme de nos visages… C’est un sauveur qui nous réjouit. Dans le deuil et dans les larmes, c’est important, la compassion, la consolation. Dans le deuil et dans les larmes soyons les témoins du Dieu consolateur.

 

Le passage de la lettre de Paul aux Romains qui a été proclamé ensuite  insiste. Oui, nous souffrons, comme le Christ l’a assumé lui-même. Il n’est pas vrai que rien ne fait de mal à celui qui croit que tout s’arrange à la fin. Mais, dans la foi, que tombent nos peurs, quand bien même notre corps éprouve la peur physique et notre âme l’angoisse, comme pour Jésus à Gethsémani : parce que le dernier mot n’est pas aux tourments, mais au contraire, quand nous sommes accrochés au Christ, à la Vie éternelle, qui nous est promise avec Lui.

Ecoutons à nouveau Paul aux Romains : Car, si nous sommes déjà en communion avec lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons encore par une résurrection qui ressemblera à la sienne. Le point est celui-là : une mort qui ressemble à la sienne. Il s’agit ici de toute épreuve, supportée et traversée dans l’amour, dans la foi, dans l’espérance. A cause de Lui, le Seigneur, de sa Parole, de sa promesse : sa résurrection sera la nôtre.

 

En fait cela trace un chemin qui s’ouvre devant nous, praticable en tout temps. Relisons l’évangile d’aujourd’hui : il est trop bref. Il dit que notre vigilance doit être celle des serviteurs. « Restez en tenue de service ». Croire, c’est suivre Jésus. Etre disciple, c’est faire ce qu’il dit. « Jésus disait à ses disciples : « Restez en tenue de service, et gardez vos lampes allumées ». Dès les premiers mots, nous est rappelé le fondamental : c’est-à-dire le service, et le soin qu’il faut prendre de la lumière, qui va avec la veille ou la vigilance. Et puis aussitôt vient le motif de ce courage de veiller, l’attente du retour : « Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. »

Les noces, ce sont les siennes : le Seigneur a épousé notre destin, notre terre, notre humanité. Sommes-nous joyeux de l’attente que nous avons à vivre pendant que se déroulent ces noces-là ? Sommes-nous serviteurs ? Sommes-nous veilleurs ? « Heureux les serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : il prendra la tenue de service, les fera passer à table, et les servira chacun à son tour. » Etrange paradoxe ! Nos mots sont usés pour le dire ! Mais quand on réalise ce que cela signifie… Sommes-nous saisis de ce que Jésus, et c’est tout de suite, en cette eucharistie, nous fait passer à table, et nous sert chacun à notre tour ?

 

Que la mémoire que nous faisons de tous les fidèles défunts soit pour nous un intense moment de communion avec l’unique Sauveur, qui nous réunit sur la terre comme au ciel, lui, le Dieu Vivant, le Dieu des vivants. Amen.

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