Rome, Saint-Louis-des Français. Jeudi 1er novembre 2018.

Fête de tous les saints. Homélie de Mgr Bousquet.

Textes : Ap 7, 2-4.9-14 ; 1 Jn 3, 1-3 ; Mt 5, 1-12a

 

Frères et sœurs, quelle n’est pas notre émotion chaque fois qu’aux grandes occasions la liturgie de l’Eglise nous donne à chanter la litanie des saints, de chanter la foule immense dont parlait le texte de l’Apocalypse que nous avons entendu…  Saints et saintes dont la vie et la mort ont crié Jésus-Christ sur les routes du monde…  Tous les saints de nos familles, la foule innombrable des pauvres et des petits, qui chaque jour dans leur vie ont accueilli la pâque du Seigneur, foule innombrable qui vit auprès de Dieu.

Oui,c’est fête aujourd’hui dans l’Eglise, et la joie que nous fêtons, c’est la joie du don de Dieu, la joie de notre vie, de la vie à laquelle nous sommes tous appelés.

Arrêtons-nous quelques instants à cette triple merveille : 1. nous sommes appelés à devenir ce que nous sommes : enfants de Dieu ; 2. cela peut changer notre vie, si nous suivons la route indiquée par le Christ ; 3. l’espérance du Royaume à venir doit déjà commencer à transfigurer notre existence.

 

  1. Nous somme appelés à devenir ce que nous sommes, enfants de Dieu

Voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu, et nous le sommes…

Qui de nous, pourtant, en regardant et en écoutant autour de lui, dans son voisinage ou son quartier, dans son milieu de travail ou d’études, voire dans sa parenté ou son cercle d’amis, plus encore dans sa propre vie, ne pourrait faire un triste bilan ? Où va le monde ? Regardons ce que l’actualité nous donne à voir de pays en guerre ou livrés aux prédateurs, la disparité entre pays déclinants cramponnés à leur richesse, et pays qui manquent de tout sauf à devenir émergents, comme on dit. Nos sociétés dansent sur des volcans, alors que de grands craquements ou une érosion lente semblent marquer la fin des idéaux les plus solides. Alors reparaissent les réactions individualistes : tout, tout de suite, tout seul.

Tout, contre la foi, qui nous rend heureux d’être un ou une parmi d’autres, et qui appelle la confiance au lieu de la méfiance.

Tout de suite, contre l’espérance, qui sait donner du temps au temps, et qui sait que toutes les saisons sont belles.

Tout seul, contre la charité, qui n’a pas de solitude à combler mais nous permet de partager et multiplier la vie. Regardons l’écart dans notre vie, entre l’évangile proclamé et nos médiocrités quotidiennes. C’en est assez de consentir aux peurs collectives, à la grisaille de nos usures, à la résignation quand nos défauts sont devenus habitudes. Quel est ce désespoir !

Voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes… Et toute la tradition de l’Eglise, depuis deux millénaires, de s’émerveiller. Saint Irénée dès le début : Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. La gloire de Dieu c’est l’homme vivant, la vie de l’homme, c’est la gloire de Dieu. Le grand pape saint Léon, dans l’un de ses sermons de Noël, qui s’exclame : reconnais, ô chrétien, ta dignité. Non ! Malgré le péché et le mal le monde ne va pas à sa perte. Oui ! Nous portons, chacun / chacune de nous, et tous ensemble, comme en creux, cette présence mystérieuse d’un amour qui nous enveloppe, et cet appel à nous mettre en route. Voilà ce qu’est un saint : un homme ou une femme qui a entendu cet appel et qui s’est mis en route. La foi redresse notre vue trop courte : écoutez à nouveau le texte de l’épître de Jean de ce matin : bien aimés, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous sommes ne paraît pas clairement encore.

 

  1. C’est là qu’il faut être attentifs à ce second aspect : cela peut changer notre vie, si nous suivons la route indiquée par le Christ.

L’évangile des Béatitudes qui vient d’être proclamé est la charte du chrétien : heureux les pauvres de cœur, heureux les doux, heureux ceux qui pleurent, heureux ceux qui ont faim et soif de justice, heureux les miséricordieux, heureux les cours purs, heureux les artisans de paix, heureux ceux qui sont persécutés pour la justice… Nous sentons la tension que ces paroles du Christ mettent en nous : le bonheur n’est pas dans le sommeil ou la fuite, le bonheur est dans la conversion, la transformation de notre vie. Il va falloir essayer de voir les autres comme Dieu les voit. Il va falloir arracher de soi-même cet orgueil fondamental et ce fatras moisi de défauts qui nous encombrent. Il va falloir patiemment s’ouvrir au travail de l’amour de Dieu en nous.

Le Royaume où nous avons à vivre avec Dieu n’est pas je ne sais quelle consolation imaginaire compensant les duretés de l’existence. Il est cet effort constant, tenace, de la ténacité même de Dieu, pour transformer la trame même de notre existence. Trop souvent nous ne sommes attentifs qu’aux saints extraordinaires dont les exploits nous semblent souvent ne pas relever de nos possibilités. Mais souvenons-nous de ces hommes et de ces femmes, dont la droiture et la bonté, la générosité et la joie tranquille, jusque dans les épreuves, nous ont frappé, sans s’imposer pourtant comme s’impose le monde, mais nous ont donné tout simplement le goût de vivre. C’est la fête aujourd’hui de tous ces saints que le calendrier n’a pas retenu, des saints de nos familles et de la famille humaine, dont l’existence dans des conditions semblables aux nôtres a été transfigurée, parce qu’un jour ils ont pris l’Evangile pour ce qu’il est : un appel à vivre de la vraie vie…

 

  1. Voilà enfin ce à quoi nous devons prêter attention aujourd’hui : l’espérance formidable qui nous appartient en propre, à nous chrétiens.

Ce qui nous fait chrétiens n’est pas l’appartenance à un groupe social, ce n’est même pas la pratique religieuse, encore qu’elle soit une nourriture sans laquelle il est bien difficile de vivre, et ainsi une nécessité avant d’être une obligation. Ce qui nous fait chrétiens est cette espérance indéfectible, fondée sur le Christ, de la transfiguration, déjà commencée, de notre vie de tous les jours, qui s’oriente peu à peu, par-delà le passage de la mort, vers la vie pour toujours, tous ensemble, avec Dieu et en Dieu. Oui, dès maintenant, parce que Dieu s’est fait l’un de nous, parce que le Seigneur Jésus est mort et ressuscité pour nous, le dernier mot est à l’amour et à la joie : en Dieu la vie aboutira…

 

En cette fête de tous les saints, écoutons donc l’appel du Seigneur, et prenons conscience de ceci :

Nous avons à devenir ce que nous sommes, enfants de Dieu.

Changeons notre vie en cherchant le véritable bonheur comme l’ont fait des saints innombrables.

Heureux sommes-nous d’être appelés dès maintenant à une telle espérance…

Amen.

 

 

 

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