Rome, Saint-Louis des Français, Dimanche 17 juin 2018. ‎
‎(Fin d’année pastorale)‎
‎11e Dimanche du temps ordinaire (Année B). Homélie de Mgr Bousquet
Textes : Ez 17, 22-24 ; 2 Co 5, 6-10 ; Mc 4, 26-34.‎

Frères et sœurs, réjouissons-nous. Voici que la Parole de Dieu nous ‎réjouit, d’une triple manière : elle rappelle l’espérance, elle nous appelle à la ‎foi, elle nous fait lever la tête vers l’horizon du Royaume. Mais alors rien n’est ‎plus banal dans l’ordinaire et tout prend du relief…‎

Ecoutons Ezéchiel. Il nous fait comprendre l’espérance qui anime ‎l’Eglise. Dans le vaste monde, dont les puissances nous échappent, au point de ‎nous inquiéter quand nous parviennent les rumeurs et nous sont livrées les ‎images du chaos, de la violence et de la misère, dans ce vaste monde donc, ‎orgueilleux parfois comme le cèdre, le Seigneur continue de faire du neuf avec ‎ceux qui sont faibles. On a envie de dire : Magnificat ! ‎
Lisons Ezéchiel : A la cime du grand cèdre je prendrai une tige ; au ‎sommet de sa ramure j’en cueillerai une toute jeune, et je la planterai moi-‎même sur une montagne très élevée. Mais, chrétiens, percevons-nous, jusque ‎dans Rome, comme l’Eglise est jeune et comme elle est modeste, petite ? Et ‎prenons-nous l’exigence d’une vie évangélique comme ce lieu élevé qui nous ‎appelle toujours plus haut, au plus pur, au plus simple ? ‎
Mais alors quelle fécondité ! Je lis : elle portera des rameaux, et ‎produira du fruit, elle deviendra un cèdre magnifique. En dessous d’elle ‎habiteront tous les passereaux et toutes sortes d’oiseaux. Force et beauté de ‎l’Eglise d’être le refuge de ceux qui sont petits et sans force, mais si précieux ‎pour Dieu, dont la gloire est de faire de nous, tous ensemble, en nous laissant ‎transfigurer par son amour de don, des vivants. ‎
Je lis : alors tous les arbres des champs sauront que Je-suis le Seigneur : ‎je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé, je fais sécher l’arbre vert et ‎reverdir l’arbre sec. Je suis le Seigneur, j’ai parlé, et je le ferai. L’espérance ‎donc, et fondée sur sa seule Parole… ‎
Frères et sœurs réveillons notre espérance, et déchiffrons à partir d’elle ‎nos vies, notre présent, avec ses faiblesses, son péché, ses incertitudes. ‎
L’avenir, avec Dieu, est plus grand que tout le passé !‎

Mais pour saisir ainsi que la résurrection est devant nous, il y faut la ‎confiance de la foi. Paul y exhorte les Corinthiens, et c’est à nous qu’il le dit : ‎frères, nous gardons toujours confiance, tout en sachant que nous demeurons ‎loin du Seigneur tant que nous demeurons dans ce corps ; en effet nous ‎cheminons dans la foi, non dans la claire vision. ‎
Certes, nous le savons bien, mais alors qu’est notre présent, aux deux ‎sens du mot : l’actualité immédiate ou aussi le cadeau qui nous est fait ? Paul ‎répond : de toute manière, (entendons : dans notre condition charnelle, en ‎même temps qu’il nous est donné de la transcender. Par exemple par ‎l’expérience de la charité vécue, par l’enchantement de la beauté, par la ‎rencontre de l’innocence, celle des enfants que Dieu bénit ou celle des saints ‎dévoués à leurs frères) : de toute manière, (…) notre ambition, c’est de plaire ‎au Seigneur. ‎
Et voilà la réponse à notre question, l’espérance cela va, mais le présent ‎c’est quoi ? Eh bien voilà frères et sœurs : le Seigneur, c’est maintenant ! Non ‎seulement l’espérance nous relève et nous fait vivre, mais elle s’appuie sur sa ‎Parole, sa Parole faite chair au milieu de nous, tout comme en nos cœurs et au ‎cœur de l’Eglise qui se rassemble et célèbre.‎

L’espérance fondée sur la Parole, la foi comme confiance au Seigneur : ‎voici que dans l’évangile (un bref passage au début de Saint-Marc), le Seigneur ‎lui-même nous parle du Royaume, avec la parabole de la semence qui germe, et ‎celle de la petite graine qui devient cet arbre où –souvenons-nous d’Ezéchiel- ‎les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. ‎
Pour nous chrétiens, le décisif, qui nous rend endurants, c’est qu’il y a à ‎l’horizon précisément le Royaume, et non pas le chaos et la fureur. ‎L’immédiat, ce sont peut-être la violence et la fureur (lisez les textes puissants ‎du Pape François, qui semaine après semaine appelle chat et un chat, et dit bien ‎ce qui ne va pas sur cette planète, en nous appelant tous à la conversion). Mais ‎au-delà de l’immédiat la certitude qui ne trompe pas c’est le Royaume de Dieu, ‎déjà advenu et espéré dans la foi. ‎
Au point que dans le Notre Père, la prière des chrétiens, que nous allons ‎chanter ensemble au cours de cette messe, nous allons demander que jour après ‎jour le Règne continue d’advenir, et qu’il en soit sur la terre comme au ciel. ‎

Courage donc, frères et sœurs, paroissiens ou pèlerins : l’été approche, ‎qui nous permettra de reprendre en paix, dans un rythme de vie différent, ce ‎qui donne sens à notre vie quotidienne : à savoir une espérance obstinée, la ‎‎« petite fille espérance » dont parlait Péguy. ‎
Au fond, une confiance absolue en Dieu, Dieu qui a pour nous le visage ‎humain du Seigneur Jésus, et nous donne sans relâche son Souffle. Sans perdre ‎de vue, jamais, l’horizon du Royaume, qui une fois encore en cette Eucharistie ‎vient au milieu de nous. ‎
Confions nous à la douce pitié de Dieu ; qu’il nous ait en sa sainte garde, ‎pour le temps et pour l’éternité. ‎
Amen.‎

© 2017 Saint Louis des Français | Made by Adri & Popo