‎15 août 2017. Homélie de Mgr Bousquet. ‎
Rome, Saint-Louis des Français, mardi 15 août 2017. Solennité de l’Assomption. ‎
Homélie de Mgr Bousquet. Textes : Ap 11, 19a -12, 1-6a.10ab ; 1 Co 15, 20-27a ; Lc 1, 39-56.‎

Frères et sœurs, nous fêtons avec l’Assomption de Marie l’anticipation de notre résurrection. ‎C’et pour nous que le Verbe a pris chair, c’est pour nous que le Christ est ressuscité. De Pâques à ‎l’Ascension, nous célébrons avec le Ressuscité le commencement de l’accomplissement de la ‎promesse, selon laquelle notre existence sera transfigurée dans le Royaume qui advient. De même, ‎avec l’Assomption de Marie, corps et âme, dans le ciel de Dieu, nous attestons dans la foi que la ‎pâque du Seigneur a commencé de prendre effet en un point de l’humanité. A présent rien n’arrêtera ‎la résurrection au creux du temps, sinon la transfiguration dernière de toute humanité, dans le monde ‎à venir. Réjouissons-nous : ce qui est advenu à partir de Jésus, nous le voyons poindre en Marie, ‎avec son Assomption, et cela concerne, par l’Eglise, toute l’humanité. ‎

Encore faut-il le réaliser, au double sens du mot : le comprendre, comprendre ce que nous ‎croyons, et en vivre, le réaliser dans les exigences de la vie quotidienne. Pour comprendre Marie, il ‎ne faut pas la réduire à nos propres images, j’allais dire à nos pauvres images. On ne comprend bien ‎Marie que sur fond biblique, à partir des images grandioses de la Bible, Ancien et Nouveau ‎Testament. Là, on saisit l’ampleur de sa sainteté, toute entière liée au destin du Peuple de Dieu : ‎Marie est, selon les trois temps de l’histoire du salut, le Fille de Sion, la Mère du Seigneur, et la ‎figure de l’Eglise.‎

La Fille de Sion, c’est-à-dire la fine pointe de l’espérance d’Israël, de l’espérance dont Israël ‎porte la promesse pour l’humanité entière, jusqu’à la naissance du Sauveur. D’où notre premier texte, ‎de l’Apocalypse, dont le codage ne doit pas nous surprendre, car ce n’est pas rien que l’épreuve pour ‎l’humanité des douleurs de l’enfantement. Regardez les actualités sur vos divers écrans, et voyez ‎tous les endroits où l’humanité souffre, où elle espère son salut, à travers épreuves et souffrances. ‎Mais le dragon du mal ne pourra rien contre cet enfant nouveau-né qui sera le berger des nations. ‎Magnificat ! ‎

Marie, Fille de Sion, Marie mère du Seigneur.C’est toujours superbe de voir le contraste entre ‎les récits très sobres des Evangiles concernant Marie et la grandeur de son destin ; de voir combien ‎la vie toute simple d’une jeune femme pleine de grâce, est liée à ce qui se joue dans l’histoire entière ‎par la venue de Dieu en notre humanité. Notre vie à nous aussi est toute simple, elle est aussi ‎possiblement le lieu de grandes choses. Magnificat ! ‎

Marie, Fille de Sion, Mère du Seigneur, est aussi figure de l’Eglise, ce qui nous concerne ‎tous. J’ai observé souvent, en théologien, que selon nos propos sur Marie, ainsi pensons-nous de ‎l’Eglise. La reconnaître pleine de grâce est reconnaître combien l’Eglise est un lieu de grâce. ‎Reconnaître Marie comme conçue sans péché, c’est reconnaître que l’Eglise n’est pas seulement une ‎assemblée de pécheurs, mais l’épouse que Dieu aime. Un mystère par lequel vivre toujours plus la ‎charité, et pas seulement une institution pécheresse.‎

Reconnaître l’Assomption, c’est reconnaître que la résurrection du Christ n’a pas fini ‎d’opérer avec la résurrection de Jésus. Rien n’arrêtera la dispensation de l’Esprit d’Amour, de la vie ‎partagée de Dieu, tant que l’existence de tout humain ne sera pas accomplie sous le sceau de la ‎résurrection. D’où notre deuxième texte, un bref passage de la première lettre aux Corinthiens, de ‎Paul, dont il nous faut retenir au moins cette exclamation, cette proclamation (le kérygme, comme on ‎dit) : Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts pour être parmi les morts le premier ressuscité. ‎L’Assomption de Marie nous atteste combien cela commence à s’opérer, dans l’Eglise dont elle est ‎la figure, et ainsi pour toute l’humanité. Cette promesse qui sera tenue s’énonce comme la ‎résurrection de la chair. Rien de ce que nous vivons comme amour de don, le plus petit soit-il, en ‎notre condition charnelle, qui ne soit accueil de cette résurrection du Seigneur pour nous… ‎Magnificat !‎

Alors que nous faut-il faire ? C’est le récit de la Visitation, de la visite que Marie rend à ‎Elisabeth sa cousine, dans l’évangile de Luc aujourd’hui, qui nous oriente. Ce qu’il nous faut vivre, ‎c’est la foi qui agit, dans la charité, et atteste ainsi l’espérance qui s’accomplit. La parole ‎qu’Elisabeth adresse à Marie nous concerne : heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des ‎paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. C’est tout simple et c’est immense : voilà qu’il y a ‎un point dans l’humanité, un point tout simple, mais qui est tout entier oui ! à Dieu. Alors, parce que ‎le don est total, corps et âme, pour la gloire de Dieu et le salut du monde, pour l’enfantement de son ‎Fils en humanité, alors, parce qu’il y a une telle transparence, un tel oui à la volonté bienveillante de ‎Dieu, alors, là, le Verbe peut prendre chair, et la promesse commencer de s’accomplir… Ce destin, ‎jusque dans l’Assomption, engage celui de toute l’Eglise. Magnificat !‎

Frères et sœurs, en fêtant Marie, et en accueillant le Seigneur qui vient en nous par son ‎Eucharistie, osons croire aux paroles que Dieu nous adresse, et entrons par la foi active et par ‎l’espérance qui se construit dans la charité, dans le destin de la résurrection, dans le destin de la ‎transfiguration qui nous est promise. Amen.‎

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